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Archive for mai 2009

Le titre de notre billet joue sur le double sens de l’adjectif romanus: « relatif à Rome, romain d’un côté, relatif à la romanité, roman » de l’autre. La romanité du Luxembourg est effectivement double: nous nous trouvons d’abord sur un vieux territoire romain, le Luxemburgum Romanum étudié scientifiquement dès le XVIIe siècle par le père Alexandre Wiltheim SJ ,  et sur une vieille terre partiellement romane et romanophone. En effet, il ne faut jamais oublier que jusqu’en 1839, date de la dernière partition du grand-duché, le pays était subdivisé en quartier wallon – grosso modo, l’actuel province de Luxembourg en Belgique – et quartier allemand – grosso modo, le grand-duché de Luxembourg actuel – et que les liens économiques, culturels, linguistiques … entre ces deux quartiers étaient multiples.

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La célèbre mosaïque de Vichten exposée au Musée National d’Histoire et d’Art [source]

C’est un aspect du Luxembourg roman qui se trouve au centre de ce billet dans lequel nous tenterons de présenter un aperçu bibliographique sur les atlas linguistiques, les glossaires et dictionnaires et les études qui permettent de mieux cerner les liens séculaires entre la romanité et l’actuel grand-duché de Luxembourg.

Nous avons été amené à nous intéresser à cette question en consultant le portail, fort embrouillé, du Laboratoire de linguistique et de littératures luxembourgeoises consacré au lexique luxembourgeois – Projet Lexicolux – qui inscrit le luxembourgeois dans une grande région présentée comme essentiellement germanophone. Après un premier billet consacré au sujet, les responsables avaient tenté de rectifier le tir ajoutant, à la hâte, quelques liens vers des dictionnaires romans. Certains choix toutefois sont très malheureux, comme ce lien vers un glossaire picard, le dictionnaire du wallon de Mons de Joseph-Désiré Sigard (1866) (sur ces parlers, cf. ici)  qui, bien que portant sur un parler sans liens directs ni avec le luxembourgeois ni avec les langues et dialectes de la grande région, semble surtout avoir été choisi parce qu’il présentait l’avantage d’être directement accessible sur google-books.

Nous avons donc tenté de recenser ici les dictionnaires, glossaires et études de patois romans susceptibles d’aider le chercheur en philologie luxembourgeoise s’intéressant à la romanité du grand-duché.

Lorraine romanophone / Gaume: 

Atlas linguistiques:

Glossaires et Dictionnaires:

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Chassepierre, le village et la Semois / Tchèspîre, li viyadje èt l’ Simwès (Gaume) [cliché Jean-Pol Grandmont]

Wallonie :

Atlas linguistiques:

  • Haust, Jean, Louis Remacle, Élisée Legros, Marie-Thérèse Counot, Jean Lechanteur, et Marie-Guy Boutier. 1953-. Atlas linguistique de la Wallonie : tableau géographique des parlers de la Belgique romane d’après l’enquête de Jean Haust. Liège: Vaillant-Carmanne; pour le détail des volumes, cf. ici ;
  • 1990-. Petit atlas linguistique de la Wallonie. pour le détail des volumes, cf. ici

Dictionnaire:

Îlots romans du grand-duché de Luxembourg: 

Glossaires:

Etudes:

 

Il est évident que, si on voulait présenter un véritable portail lexicographique de la grande région, il faudrait considérablement élargir la liste présentée ici, soumettre les dictionnaires et glossaires aux mêmes traitements informatiques que les ouvrages portant sur les parlers germaniques et finalement interconnecter dictionnaires romans et germaniques.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Un lien vers un sujet connexe: La place du français dans la société luxembourgeoise, un billet sur notre blog POIKILIA.

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 Réflexions critiques sur la nouvelle politique linguistique éducative mise en place au grand-duché de Luxembourg

Les mauvais résultats aux tests PISA de l’année 2000, le problème de l’échec scolaire, souvent lié à une mauvaise maîtrise des deux langues principales de l’enseignement luxembourgeois, l’allemand et le français, avaient conduit le gouvernement à réfléchir dès 2004 à une redéfinition de la politique linguistique éducative. Elle s’est concrétisée dans le PAL, le plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues, et s’articule dans quatre textes majeurs:

  1. Berg, Charles, et Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  2. Profil de la politique linguistique éducative: Grand-Duché de Luxembourg. 2005-2006. Strasbourg – Luxembourg: Conseil de l’Europe – Division des politiques linguistiques / Ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle Luxembourg.

  3. Berg, Charles, and Christiane Weis. 2007. Réajustement de l’enseignement des langues. Plan d’action 2007-2009: contribuer au changement durable du système éducatif par la mise en oeuvre d’une politique linguistique éducative . Luxembourg: CESIJE.
  4. Image du Presse-papiersKühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle

Parmi ces documents, le texte N° 4 nous paraît de loin le plus intéressant puisqu’il doit servir de référence de cadre à l’enseignement des langues. L’auteur y développe trois thèses essentielles:

  1. Les différentes langues enseignées dans l’enseignement luxembourgeois sont toutes mises sur un pied d’égalité : Auf Grund der besonderen Sprachensituation in Luxemburg ist es müssig und vergebliche Liebesmüh, die verschiedenen Sprachen mit linguistischen Begriffen wie „Muttersprache“, „Fremdsprache“, „Erstsprache“, „Zweitsprache“, „Herkunftssprache“, „Familiensprache“, „Begegnungssprache“, „Partnersprache“, „Umgebungssprache“ usw. „einfangen“ zu wollen. (Kühn, 2008 : 16);

  2. Le texte porte essentiellement sur l’allemand et le français. Ni le luxembourgeois ni l’anglais ni d’autres langues enseignées dans les cursus luxembourgeois ne sont mentionnés;
  3. Les langues seront enseignées selon une approche par compétences (Kühn, 2008 : 18) liée à l’approche communicative (Kühn, 2008 : 17-18).

Nous porterons trois reproches majeurs à cette nouvelle politique linguistique éducative:

    1. Le texte, qui est focalisé sur le couple allemand-français, est déphasé par rapport à la réalité linguistique qui repose sur le couple luxembourgeois-français, l’allemand étant désormais confiné dans les domaines de la lecture et de l’audiovisuel (télévision);
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      Les noms des localités sont donnés en français et en luxembourgeois [source]

    2. Le texte, en refusant de hiérarchiser les langues, induit une pédagogie réductrice;

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François Rabelais [source]

  1. Ce mouvement est encore renforcé par la mise en place de l’enseignement par compétences et de l’approche communicative généralisée à tous les ordres d’enseignement. Cela implique un véritable changement de paradigme pédagogique qui, par sa démarche utilitariste et sa focalisation sur une communication réduite souvent à ses formes les plus simples et les plus triviales, désintellectualise les apprentissages: on remplace la tête bien pleine et bien faite de Rabelais et de Montaigne par la tête fort habile de Peirce.

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Le portrait dit de Chantilly de Michel de Montaigne [source]

Il faut craindre que ces changements profonds ne provoquent d’abord une baisse de la culture linguistique et de la maîtrise des langues en général. Cela modifiera certainement l’équilibre des langues au Luxembourg induisant une désaffectation du français et une remontée naturelle de l’allemand, plus facile à maîtriser parce que plus proche de la langue maternelle des luxembourgophones. Il est possible que se mette alors en place un système diglossique avec l’allemand comme variante linguistique haute et le luxembourgeois comme variante linguistique basse, difficile à maîtriser par les nombreux franco- et romanophones vivant et travaillant au Luxembourg. Des tensions sociales en seront la conséquence.

Ainsi la nouvelle politique linguistique éducative, au lieu d’être au service de la politique linguistique et de préserver le trilinguisme luxembourgeois, risque de détruire un système linguistique original qui s’est construit dans et par l’histoire et qui est une des principales richesses culturelles du pays.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Bibliographie:

  • Berg, Charles, & Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  • Bulle, Nathalie. 2009. L’Ecole et son double. Essai sur l’évolution pédagogique en France. Paris: Hermann Editeurs. [cr. de Jean-Paul Brighelli in Marianne 2]
  • Crahay, Marcel 2006. Dangers, incertitude et incomplétude de la logique de la compétence en éducation. Revue française de pédagogie 154.
  • Cuq, Jean-Pierre, & Isabelle Gruca. 2006. Cours de didactique du français langue étrangère et seconde. Nouvelle édition, Collection Fle. Grenoble: Presses universitaires de Grenoble. édition originale, 2002.

  • Fehlen, Fernand, Legrand, Michel, Piroth, Isabelle, Schmit, Carole. 1998. Le Sondage « Baleine » Une étude sociologique sur les trajectoires migratoires, les langues et la vie associative au Luxembourg, Recherche Etude Documentation. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Fehlen, Fernand. 2009. BaleineBis: Une enquête sur un marché linguistique en profonde mutation / Luxemburgs Sprachemarkt im Wandel, Recherches Etude et Documentation N° 12. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.

  • Ferguson, Charles. 1959. Diglossia. Word 15: 325-340.
  • Fuhrmann, Manfred. 2004. Der europäische Bildungskanon. Frankfurt am Main und Leipzig: Insel Verlag; surtout le chapitre 17 « Bildungssurrogate der Gegenwart – Kompetenzen, Qualifikationen », 217-229. sur M. Fuhrmann, cf. ici et ici.
  • Kühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle.

  • Laval, Christian. 2004. L’école n’est pas une entreprise : le néolibéralisme à l’assaut de l’enseignement public, Cahiers libres. Paris: La Découverte.
  • Martin, Romain, Christophe Dierendonck, Christian Meyers, Mélanie Noesen. 2008. La place de l’école dans la société luxembourgeoise de demain. Vers de nouveaux modèles de fonctionnement du système éducatif. édité par J. M. de Ketele, Pédagogies en développement. Bruxelles: De Boeck.
  • Newton, Gerald, ed. 1996. Luxembourg and Lëtzebuergesch: language and Communication at the Crossroads of Europe. Oxford: OUP.

  • Le numéro Spracherziehung du Forum 264, 2007.
  • Reisdoerfer, Joseph. 2009. Analyse critique de la nouvelle politique linguistique éducative du grand-duché de Luxembourg. Synergies Algérie 6 :137-146.

Sitographie:

Les idées esquissées dans ce billet ont été développées dans un article paru dans le Lëtzebuerger Land: Joseph Reisdoerfer 2009. Réflexions sur la politique linguistique éducative, d’Lëtzebuerger Land 56 Jhg. N° 39, 25 IX 2009: pp. 18 et 20.

Cf. également notre billet InCompétences : Remarques sur une idéologie pédagogique Poikilia I 2010.

Addendum:

Extrait d’un article paru sur le site Monde.fr Chroniques d’abonnés, 15 XII 2009 « Les héros de la culture sont fatigués …  » par Zébulonne, enseignante:

« Les langues ont en amont déjà été quasiment vidées de leur contenu culturel au profit d’un enseignement en « compétences » qui ne donne pas vraiment les fruits escomptés. L’enseignement du français, base de tous les autres enseignements est lui même réduit et rendu plus difficile alors que tous les professeurs s’accordent à reconnaître l’urgence d’une meilleure maîtrise de la langue maternelle. « 

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