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Archive for the ‘Dialectologie’ Category

Le développement formidable de l’informatique et de l’internet a ouvert de nouvelles perspectives à la géographie linguistique: les TIC sont en train de rendre accessibles au grand public les résultats de la recherche géolinguistique présentés d’une manière avenante et claire.

Parmi les projets lancés sur internet, on peut distinguer deux grandes tendances:

  1. L’archivage: les cartes des atlas linguistiques publiés au format papier sont numérisées et mises à disposition sur internet; il s’agit en général d’ouvrages anciens, libres de droits qui sont ainsi présentés à un large public. L’atlas linguistique de la Basse Bretagne de Pierre Le Roux [ici], l’Atlas linguistique des Vosges méridionales d’Oscar Bloch [ici], les projets soeurs DIWA (Digitaler Wenker-Atlas et ici) en Allemagne et Digitaler Luxemburgischer Sprachatlas (DLSp) au Luxembourg font partie de cette catégorie.

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    Georg Wenker, l’initiateur du Sprachatlas des Deutschen Reiches [source]

    Ces publications ont certainement amélioré la conservation et l’accessibilité des atlas linguistiques. Malheureusement, elles se caractérisent souvent par leur manque d’interactivité et d’interconnexions; les projets DIWA er DLSp sont par ailleurs extrêmement lourds et présentent des données anciennes parfois peu fiables. Cette critique s’applique surtout au projet luxembourgeois dont l’interconnexion avec les données Wenker n’est déjà plus opérationnelle et qui a surtout le grand désavantage de présenter des données géolinguistiques sujettes à caution. Il serait utile de compléter ce projet par la numérisation de l’Atlas linguistique et ethnographique de la Lorraine germanophone qui non seulement présente des données récentes et fiables, mais fournit également des éléments de commentaire.

  2. La rédaction électronique: dans une démarche de rédaction électronique, des données géolinguistiques sont utilisées pour créer un site géolinguistique original. On ne se borne plus à reproduire au format électronique un atlas linguistique publié originellement au format papier, mais on produit un atlas linguistique électronique. Dans cette catégorie d’atlas, on peut ranger les publications suivantes:

    1. LexiQué : Laboratoire de lexicologie et lexicographie québécoises: Projets SPFC (La Société du parler français au Canada) et VGFC (Variation géographique du français au Canada);
    2. Atlas linguistique parlant d’une région alpine: Entre francoprovençal et occitan. Isabelle Marquet – Centre de dialectologie, Grenoble Université Stendhal (1995);
    3. L’Atlas linguistique multimédia de la région Rhône-Alpes (ALMURA) réalisé par une équipe du Centre de Dialectologie de Grenoble dirigée par le professeur Jeanine-Elisa Médélice; cet atlas fait suite au nr. 2;
    4. L’Atlas linguistique du ladin des Dolomites et des dialectes limitrophes-1 (ALD-I) réalisé par une équipe de l’Université de Salzbourg dirigée par le professeur Hans Goebl. (2005);
    5. THESOC : Thesaurus occitan réalisé par une équipe dirigée par le professeur J. Philippe Dalbéra (Université de Nice); (cf. également ici);
    6. Vivaldi: Vivaio Acustico delle Lingue e dei Dialetti d’Italia réalisé par une équipe de l’Université Humboldt de Berlin dirigée par le professeur Dieter Kattenbusch.(1998-2008);
    7. Sprechender Sprachatlas von Bayern réalisé par une équipe de l’Université d’Augsburg dirigée par le professeur Werner König; (2006-2008).

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Carte de base de l’ALMURA [source]

En général, ces atlas disposent d’un module phonétique qui sur interrogation de l’internaute reproduit la prononciation d’un item donné. Cela nous paraît particulièrement réussi pour les projets ALD-I et Vivaldi qui complètent la reproduction de l’enregistrement du témoin par la transcription phonétique de l’item.

Il faut évidemment continuer sur cette lancée en ajoutant d’autres modules. L’équipe de Salzbourg expérimente dans le domaine de la dialectométrie et ses réalisations sont sans conteste remarquables. La tradition ethnographique et l’école Wörter und Sachen constituant un des fondements de la géographie linguistiquecf. le célèbre Sprach- und Sachatlas Italiens und der Südschweiz (AIS, 1928-1940) de Karl Jaberg et Jakob Jud -, il serait indiqué d’ajouter un module ethnographique fournissant des informations – descriptions, dessins, photos, films – sur les objets dont les désignations sont cartographiées dans l’atlas; il serait également utile de disposer d’un module linguistique, donnant des informations sur l’étymologie et l’histoire des mots. Il semble que l’Atlas linguistique audiovisuel du Valais romand préparé à l’Université de Neuchâtel sous la direction d’Andres Kristol aille dans cette direction. Les occitanistes travaillant dans le cadre du THESOC enfin ont opté pour le concept d’une base de données multmédias constituée de différents fichiers interreliés: liste de mots, cartes, enregistrements, étymologies … .

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[source: Le Dû 2005: 127 ; cartographie, Guylaine Brun-Trigaud]

La géolinguistique interprétative: d’après Le Dû, 2005: 127 , les deux extrémités du domaine gallo-roman conservent une forme archaïque du mot degré « escalier » qui est réservé aujourd’hui à la langue littéraire en français standard. Le type degré, qui appartiendrait à une ancienne aire lyonnaise, aurait été repoussé à la périphérie par le type escalier.

 

A côté de ce grand chantier d’avenir, il ne faudrait pourtant pas oublier qu’un autre grand chantier de la géographie linguistique est toujours en souffrance: l’exploitation des données des atlas linguistiques. Il s’agirait en fait de promouvoir une géolinguistique interprétative sans laquelle « les atlas … resteront … un amas de matière brute, précieuse certes, mais difficile à utiliser. » (Straka 1986: 620 ). La récente étude de Jean Le Dû, Guylaine Brun-Trigaud et Yves Le Berre, Lectures de l’Atlas linguistique de la France de Gilliéron et Edmont : du temps dans l’espace, Paris 2005 a montré à la fois l’intérêt et la nécessité d’une telle approche.

Peut-être serait-il même possible de mener de front, au moins partiellement, ces deux grands projets de la géographie linguistique moderne.

Fecit Joseph Reisdoerfer A.D. 2009

1. Bibliographie

2. Sitographie

 

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Le titre de notre billet joue sur le double sens de l’adjectif romanus: « relatif à Rome, romain d’un côté, relatif à la romanité, roman » de l’autre. La romanité du Luxembourg est effectivement double: nous nous trouvons d’abord sur un vieux territoire romain, le Luxemburgum Romanum étudié scientifiquement dès le XVIIe siècle par le père Alexandre Wiltheim SJ ,  et sur une vieille terre partiellement romane et romanophone. En effet, il ne faut jamais oublier que jusqu’en 1839, date de la dernière partition du grand-duché, le pays était subdivisé en quartier wallon – grosso modo, l’actuel province de Luxembourg en Belgique – et quartier allemand – grosso modo, le grand-duché de Luxembourg actuel – et que les liens économiques, culturels, linguistiques … entre ces deux quartiers étaient multiples.

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La célèbre mosaïque de Vichten exposée au Musée National d’Histoire et d’Art [source]

C’est un aspect du Luxembourg roman qui se trouve au centre de ce billet dans lequel nous tenterons de présenter un aperçu bibliographique sur les atlas linguistiques, les glossaires et dictionnaires et les études qui permettent de mieux cerner les liens séculaires entre la romanité et l’actuel grand-duché de Luxembourg.

Nous avons été amené à nous intéresser à cette question en consultant le portail, fort embrouillé, du Laboratoire de linguistique et de littératures luxembourgeoises consacré au lexique luxembourgeois – Projet Lexicolux – qui inscrit le luxembourgeois dans une grande région présentée comme essentiellement germanophone. Après un premier billet consacré au sujet, les responsables avaient tenté de rectifier le tir ajoutant, à la hâte, quelques liens vers des dictionnaires romans. Certains choix toutefois sont très malheureux, comme ce lien vers un glossaire picard, le dictionnaire du wallon de Mons de Joseph-Désiré Sigard (1866) (sur ces parlers, cf. ici)  qui, bien que portant sur un parler sans liens directs ni avec le luxembourgeois ni avec les langues et dialectes de la grande région, semble surtout avoir été choisi parce qu’il présentait l’avantage d’être directement accessible sur google-books.

Nous avons donc tenté de recenser ici les dictionnaires, glossaires et études de patois romans susceptibles d’aider le chercheur en philologie luxembourgeoise s’intéressant à la romanité du grand-duché.

Lorraine romanophone / Gaume: 

Atlas linguistiques:

Glossaires et Dictionnaires:

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Chassepierre, le village et la Semois / Tchèspîre, li viyadje èt l’ Simwès (Gaume) [cliché Jean-Pol Grandmont]

Wallonie :

Atlas linguistiques:

  • Haust, Jean, Louis Remacle, Élisée Legros, Marie-Thérèse Counot, Jean Lechanteur, et Marie-Guy Boutier. 1953-. Atlas linguistique de la Wallonie : tableau géographique des parlers de la Belgique romane d’après l’enquête de Jean Haust. Liège: Vaillant-Carmanne; pour le détail des volumes, cf. ici ;
  • 1990-. Petit atlas linguistique de la Wallonie. pour le détail des volumes, cf. ici

Dictionnaire:

Îlots romans du grand-duché de Luxembourg: 

Glossaires:

Etudes:

 

Il est évident que, si on voulait présenter un véritable portail lexicographique de la grande région, il faudrait considérablement élargir la liste présentée ici, soumettre les dictionnaires et glossaires aux mêmes traitements informatiques que les ouvrages portant sur les parlers germaniques et finalement interconnecter dictionnaires romans et germaniques.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Un lien vers un sujet connexe: La place du français dans la société luxembourgeoise, un billet sur notre blog POIKILIA.

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