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Archive for the ‘Edition’ Category

… l’on prendra garde à refuser la tentation, toujours latente… du fac-similé. Sous le désir affiché, et sincère, de ne pas réduire, de livrer à profusion ce que l’on croit la vérité immanente de l’objet, la tentation fac-similaire, démission de la pensée, se livre à la machine en une illusion désespérante. Cerquiglini, Bernard. 1989. Éloge de la variante. Histoire critique de la philologie. Paris : Éditions du Seuil, 43.

L’édition critique constitue, en effet, un apport scientifique crucial, le lien nécessaire entre notre histoire et l’avenir de notre culture : le philologue est conscient que de ses travaux va dépendre la manière dont on percevra le passé, dont on enseignera l’histoire, dont on percevra les œuvres et les auteurs. Il joue ainsi un rôle essentiel dans la construction de notre identité culturelle. Antony Mckenna, Projet Editions critiques

Yolande de Vianden

À la fin du XIIIe siècle, le Frère Hermann de Veldenz (*1250 – † 1308 c.) –  [item ici] –  avait relaté la vie de la comtesse Yolande de Vianden dans un poème hagiographique de 6000 vers environ.

Yolande (1231-1283), une jeune fille issue de l’illustre famille des comtes de Vianden désirant consacrer sa vie à Dieu s’oppose avec force et ténacité à ses parents et après une lutte acharnée finira par triompher : elle entre au couvent de Marienthal dont elle deviendra la mère-prieure.

Le Codex Mariendalensis

Le texte du frère Hermann a été conservé dans un manuscrit du premier quart du XIVe siècle (Codex Mariendalensis = ms. M = BnL ms. 860; cf. item ici) redécouvert en novembre 1999 [item ici] par le linguiste Guy Berg dans la bibliothèque de l’ancien château des comtes d’Ansembourg; en 1655, le grand historien jésuite Alexandre Wiltheim (*1604 – †1684) avait établi une transcription (ms. W) de ce manuscrit, perdue aujourd’hui.

C'est dans ce bâtiment du vieux Château d'Ansembourg qu'on a retrouvé le Codex Mariendalensis

Jusqu’à présent, nous disposions de deux éditions scientifiques du texte de Hermann de Veldenz fondées sur la transcription réalisée par Alexandre Wiltheim :

  • Pfeiffer, Franz. 1866. Altdeutsches Übungsbuch zum Gebrauch an Hochschulen. Wien: s. n. (extraits): 103-113;
  • Meier, John. 1889. Bruder Hermanns Leben der Gräfin Jolande von Vianden. Breslau: s. n.

Le texte de John Meier a été repris dans deux autres éditions pourvues également de traductions :

  • Grégoire, Pierre 1979: Das « Yolanda-Epos »: Bruder Hermanns Dichtung im Urtext mit einer metrischen Übersetzung und einer historisch-literarhistorischen Einführung von Pierre Gregoire; Federzeichnungen von Edmond Goergen. Luxemburg:Verlag « de Frëndeskrees ».

  • Gerald Newton, et Franz Lösel. 1999. Yolanda von Vianden : moselfränkischer Text aus dem späten 13. Jahrhundert mit Übertragung. Luxembourg: Institut grand-ducal, Section de linguistique, d’ethnologie et d’onomastique.

Extrait du Codex Mariendalensis BnL ms. 860 fol. 2r

L’édition de Pfeiffer respecte dans l’ensemble le texte de la transcription de Wiltheim, mais ne donne que 600 vers ;  l’édition complète et commentée de Meier intervient par trop sur le texte de Wiltheim de telle sorte que nous n’avions pas jusqu’à présent d’édition complète et fiable de la vie de Yolande. Une édition scientifique moderne de ce texte essentiel de l’histoire linguistique, culturelle et religieuse du Luxembourg et des régions limitrophes s’imposait donc d’autant plus qu’on disposait maintenant d’un manuscrit du XIVe siècle, le Codex Mariendalensis :

Eine neue Ausgabe ist nach dem Auffinden des Marienthaler Codex ein Desiderat nicht mehr nur unter historischen und sprachgeschichtlichen Aspekten, wie das John Meier gesehen hat, sondern auch unter literaturgeschichtlichen Aspekten. Wie die jüngsten Arbeiten von Angela Mielke-Vandenhouten, Catherine Hollerich und Michèle Backes gezeigt haben, ist die Dichtung Bruder Hermanns ein kultur- und sozialgeschichtliches Dokument ersten Ranges … . (Gärtner 2001 : 48)

Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis:

Claudine Moulin (Hg.) 2009. Bruder Hermann von Veldenz, Leben der Gräfin Yolanda von Vianden. Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis (Bibliothèque Nationale, Luxembourg, Ms. 860). Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde XXXVI; Sonderforschungsreihe Language and Culture in Medieval Luxembourg 5. Luxembourg. [cr. Hilgert 2010 et Rapp 2010]

Tout cela explique que la nouvelle édition de la Vie de la comtesse Yolande annoncée en 2000 par Claudine Moulin, professeur d’ancien allemand à l’université de Trèves, était très attendue par le monde scientifique et le public intéressé en général.

C’est donc avec grand intérêt que nous nous sommes plongé dans l’édition publiée en 2009 par le professeur Moulin et c’est avec un désappointement non moins grand que nous avons fermé le beau volume publié par la section linguistique de l’Institut grand-ducal.

Le travail s’ouvre par une préface rédigée par le linguiste Guy Berg suivie d’une brève introduction de l’éditrice – Einleitung zur handschriftennahen Edition des Codex Mariendalensis pp. 11-15 – qui est  fondée sur un article paru en 2000 et qui fournit quelques indications sur l’histoire du texte, sur le Codex Mariendalensis lui-même et sur les principes suivis dans l’édition du texte ; le corps du volume est évidemment constitué par une édition diplomatique, très soignée et consciencieuse, de la Vie de la comtesse Yolande, pp. 19 – 281 ; en appendice pp. 283 – 292, on pourra consulter le texte des vers manquant dans le ms. M reproduit d’après l’édition de John Meier (1889) ; un relevé des ouvrages cités pp. 293 – 294 clôt le volume.

Vor erstem i steht ein kleiner Tintenfleck

Ce sont essentiellement les principes d’édition suivis par Claudine Moulin qui posent problème. L’éditrice a opté pour une édition diplomatique stricto sensu, une sorte de photocopie du manuscrit :

Die Edition erfolgt so nahe wie möglich handschriftengetreu, ohne Eingriffe, Normalisierungen oder Vereinheitlichungen … . Diese diplomatische Textwiedergabe dokumentiert unter anderem die Verteilung von u/v, U/V, v/w usw. sowie die verschiedenen s-Graphien, die originale Interpunktion mit Setzung des mittelhohen Punktes …, die Getrennt- und Zusammenschreibung, die Setzung von Diakritika, die Abkürzungspraxis und den Majuskelgebrauch. (Moulin 2009 : 14)

Cela amène l’éditrice à reproduire la pagination du ms., une initiative intéressante somme toute, mais aussi, par respect pour le texte transmis, à présenter parfois un texte incompréhensible, absurde, ou à encombrer l’apparat critique de remarques superflues

p. 30 : brehten] davor kleiner Riss im Pergament, kein Textverlust ;

p. 40 : ierich] vor erstem i steht ein kleiner Tintenfleck

et à renoncer à tout apparat explicatif – traduction en allemand moderne, commentaires linguistique et littéraire -.

Pourquoi en effet conserver dans le texte même des lapsus calami manifestes, pourquoi ne pas résoudre des abréviations banales et produire ainsi un charabia incompréhensible :

404 Sẙ hat hẙr valwẽ hares lok // 405 Bewnuden wol bẙt golde

au lieu de

Sẙ hat hẙr valwen hares lok // Bewunden wol bẙt golde

Les boucles de sa blonde chevelure // elle doit les avoir entrelacées de fils d’or

avec dans l’apparat un renvoi à la forme fausse du ms.

Bewunden] ego : Bewnuden ms.

L’éditeur d’un texte ancien doit rendre son texte de nouveau lisible et compréhensible pour un lecteur moderne. Cela implique évidemment des choix au niveau du texte même sans qu’on le réécrive pour autant, la méthode lachmanienne étant aujourd’hui dépassée, et cela exige aussi la confection d’un paratexte sous forme d’une traduction et de commentaires, de gloses, linguistiques et littéraires. Comparée à ces standards, l’édition de Claudine Moulin nous apparaît, pour paraphraser une formule célèbre de Barthes, comme le degré zéro de l’ecdotique.

Si maintenant l’éditeur cherche à aller au-delà de la présentation du texte du ms., s’il veut par exemple pour des raisons esthétiques, codicologiques ou philologiques donner à voir le manuscrit même au lecteur, il peut le faire aujourd’hui en recourant à l’informatique qui permet de mettre sur le W3 de bonnes reproductions accompagnées d’une transcription. L’édition de la Cantilène de Sainte Eulalie sur le site de la bibliothèque municipale de Valenciennes en est une parfaite illustration. Dans le cadre du projet Codex Sinaiticus, à orientation plus scientifique, les chercheurs ont mis en ligne de remarquables reproductions d’un très ancien manuscrit du Nouveau Testament accompagnées d’une transcription

Certes d’après le préfacier de l’édition, ce volume ne constituerait que le premier d’une série de trois, le 2e donnant une concordance complète du texte, le 3e présentant une édition accompagnée d’une traduction en allemand moderne. Voilà un programme intéressant qui au rythme de publication pris par le projet risque de se terminer aux calendes grecques : le premier volume a mis neuf ans à paraître… .

Pour une refonte du projet d’édition du Codex Mariendalensis

Au vu de ces problèmes, nous estimons qu’il faudrait revoir l’architecture du projet en distinguant d’abord ce qui peut être publié électroniquement de ce qui doit paraître en version papier. Il est par exemple parfaitement inutile de publier une concordance en version papier, les concordanciers modernes permettant de réaliser rapidement et facilement une concordance d’un texte consultable en ligne.

Dans le cadre d’un nouveau projet, il s’agirait d’abord de mettre en ligne une reproduction du manuscrit accompagnée d’une transcription. L’édition révisée de Claudine Moulin pourrait servir de base à cette transcription. Il faudrait ensuite s’atteler à une editio maior qui réponde aux exigences philologiques unanimement reconnues par la communauté scientifique : édition critique du texte, traduction, commentaires grammatical et littéraire et lexique.

Le Codex Mariendalensis, acquis à grands frais par l’État, est un des rares textes littéraires qui nous soit parvenu du Moyen-Age luxembourgeois. L’édition qu’en a faite Claudine Moulin,  une esquisse soignée et consciencieuse plutôt qu’un ouvrage fini, reste en deçà de l’importance linguistico-culturelle du poème de Hermann de Veldenz.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2010


Biblio- et Sitographie :

Yolanda von Vianden. 2010. Universität Trier [consulté le 25 VI 2010]. Accessible à partir de : http://gaer27.uni-trier.de/CLL/Yolanda/Yvorspann.htm.

Marburger Repertorium : Deutschsprachige Handschriften des 13. und 14. Jahrhunderts. 2010. Philipps-Universität Marburg [consulté le 25 VI 2010]. Accessible à partir de : http://www.mr1314.de/.

Atten, Alain. 2000. ‘Bruder Hermann’ und die ‘Iolant’. Bulletin linguistique et ethnologique 30 : 27-34.

Berg, Guy. 2000. Der Codex Mariendalensis. Zur Wiederauffindung, Erschließung und Edition einer hochmittelalterlichen Handschrift aus dem Raume Luxemburg. Bulletin linguistique et ethnologique 30 : 7-26.

Berg, Guy, &  Institut grand-ducal de Luxembourg. Section de linguistique d’ethnologie et d’onomastique. 2001. Man môhte schrîven wal ein bůch : Ergebnisse des Yolanda-Kolloquiums, 26.-27. November 1999, Luxemburg, Vianden und Ansemburg. Sonderforschungsreihe Language and Culture in Medieval Luxembourg = LaCuMel 3. Luxembourg: Institut Grand-Ducal, Section de Linguistique, d’Ethnologie et d’Onomastique.

Cerquiglini, Bernard. 1989. Éloge de la variante. Histoire critique de la philologie. Paris : Éditions du Seuil.

Christmann, Ruth. 2001. Untersuchungen zur Sprachgeschichte Luxemburgs: Bruder Hermanns « Yolanda von Vianden ». In Man mohte schrîven wal ein bůch. Ergebnisse des Yolanda-Kolloquiums 26.-27. November 1999 Luxemburg, Vianden, Ansemburg. LaCuMel 3. Édité par G. Berg. Luxemburg : Institut Grand-ducal, Section de Linguistique, d’Ethnologie et d’Onomastique, 26-38.

Gärtner, Kurt. 2001. Bruder Hermanns « Leben der Gräfin von Vianden »: Überlieferung und Edition. In Man mohte schrîven wal ein bůch. Ergebnisse des Yolanda-Kolloquiums 26.-27. November 1999 Luxemburg, Vianden, Ansemburg. LaCuMel 3. Édité par G. Berg. Luxemburg : Institut Grand-ducal, Section de Linguistique, d’Ethnologie et d’Onomastique, 39-51.

Grégoire, Pierre 1979 : Das « Yolanda-Epos » : Bruder Hermanns Dichtung im Urtext  mit einer metrischen Übersetzung und einer historisch-literarhistorischen Einführung von Pierre Grégoire; Federzeichnungen von Edmond Goergen. –  Luxemburg : Verlag « de Frëndeskrees ».

Hermann, Gerald Newton, et Franz Lösel. 1999. Yolanda von Vianden : moselfränkischer Text aus dem späten 13. Jahrhundert mit Übertragung. LaCuMel 1. Luxemburg : Institut grand-ducal, Section de linguistique, d’ethnologie et d’onomastique.

Hilgert, Romain. 1999. Zwei Kilometer in 700 Jahren. Worin über die schlimme Geschichte und die wundersame Wiederentdeckung des einzigartigen Codex Mariendalensis spekuliert wird. D’Lëtzebuerger Land, 26 XI 1999. En ligne : http://www.land.lu/index.php/archive/items/22150.html.

Hilgert, Romain. 2010. Yolanda (VO). D’Lëtzebuerger Land, 12 II 2010. En ligne : http://www.land.lu/index.php/archive/items/yolanda-40vo41.html?page=1.

Jungandreas, Wolfgang. 1981. Bruder Hermann I. In Die deutsche Literatur des Mittelalters. Verfasserlexikon, édité par W. Stammler, K. Langosch et B. Wachinger. Berlin/New York : Walter de Gruyter, 3, 1049-1051.

Lorgé, Marie-Anne. 2009. La Chanson de Yolande. Le Jeudi 5 III 2009. En ligne: http://www.lejeudi.lu/index.php/Culture/1407.html.

Meier, John. 1889. Bruder Hermanns Leben der Gräfin Jolande von Vianden. Breslau : s. n.

Moulin, Claudine. 2000. Bruder Hermanns ‘Yolanda von Vianden’. Zur Erschließung und textgetreuen Edition des neuaufgefundenen Codex Mariendalensis. Bulletin linguistique et ethnologique 30 : 39-45.

Moulin Claudine (Hg.) 2009. Bruder Hermann von Veldenz, Leben der Gräfin Yolanda von Vianden. Textgetreue Edition des Codex Mariendalensis (Bibliothèque Nationale, Luxembourg, Ms. 860). Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde XXXVI; LaCuMel 5. Luxembourg.

Pfeiffer, Franz. 1866. Altdeutsches Übungsbuch zum Gebrauch an Hochschulen. Wien : s. n. . En ligne : http://books.google.lu/books?id=yd06AAAAcAAJ&ots=pVwI4D6tG2&dq=Altdeutsches%20%C3%9Cbungsbuch%20zum%20Gebrauch%20an%20Hochschulen&hl=fr&pg=PA103#v=onepage&q&f=false.

Rapp, Andrea. 1999. « Eine wissenschaftliche Sensation ». Die Marienthaler Handschrift von Bruder Hermanns Yolanda-Vita wiedergefunden. Forum für Politik, Gesellschaft und Kultur in Luxemburg, 196 XII 1999, 51-52. En ligne : http://www.forum.lu/pdf/artikel/4350_196_Rapp.pdf.

Rapp, Andrea. 2010. Der Codex Mariendalensis und die Sprachengeschichte Luxemburgs. Forum für Politik, Gesellschaft und Kultur in Luxemburg, 294 III 2010, 53-55.

(suite…)

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