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Les thèses de F. Fehlen

Dans cet article publié dans le mensuel forum Nr 294, III 2010 pp. 6-11, l’auteur propose d’un côté une analyse critique de la réforme de l’enseignement des langues et des réactions des professionnels du secteur éducatif aux projets du ministère, de l’autre des suggestions pour modifier l’enseignement du français et du luxembourgeois.

Pour ce qui est du français, F. Fehlen insiste d’abord sur les problèmes que rencontre actuellement l’enseignement de cette langue pour faire ensuite un plaidoyer en faveur d’une approche EMILE (enseignement d’une matière intégré à une langue étrangère/CLIL : Content and Language Integrated Learning) qui d’après les textes réglementaires en vigueur devrait de toute façon être appliquée dans l’enseignement luxembourgeois.

Les remarques sur la place du luxembourgeois dans l’enseignement nous paraissent toutefois plus novatrices.

L’auteur relève d’abord que le luxembourgeois est devenu la langue d’intégration et le vecteur de promotion sociale des enfants issus de l’immigration (Fehlen 2010 : 7a). Il constate ensuite que le luxembourgeois est frappé d’un interdit implicite tant à l’école fondamentale que dans l’enseignement secondaire, interdit qui représente un héritage du XIXe et du début du XXe siècle où le luxembourgeois était considéré comme un patois de l’allemand (Fehlen 2010 : 8b) indigne partant des honneurs de l’enseignement. Cette dénégation du luxembourgeois continuerait d’ailleurs dans les différents textes publiés dans le cadre du PAL, le plan d’action langues, lancé par le gouvernement luxembourgeois (Fehlen 2010 : 8b-9a). Or cette mise à écart du luxembourgeois défavoriserait à la fois les élèves luxembourgophones privés de l’enseignement de leur langue maternelle et les élèves allophones obligés d’assimiler le luxembourgeois sur le tas qui en plus, à cause de l’acquisition implicite, interférera d’autant plus facilement avec l’allemand (Fehlen 2010 : 9b).

Pour trouver une solution à ces problèmes, F. Fehlen propose ni plus ni moins de faire du luxembourgeois la langue d’alphabétisation : «Pour éradiquer la situation de double-bind néfaste d’une école qui minore sa principale langue de communication, il faudrait officialiser la présence de la langue luxembourgeoise dans le système scolaire et, à terme, en faire la langue d’alphabétisation… » (Fehlen 2010 : 9b).

Analyse critique

À première vue, la proposition ne manque pas d’intérêt.

Elle s’inscrit évidemment dans la logique d’élaboration – Sprachausbau et [ici]– de la langue luxembourgeoise qui par cette mesure s’avancerait d’un cran vers une langue au sens plein du terme; elle mettrait également fin à une organisation scolaire absurde qui alphabétise les enfants en allemand, une langue qui n’est ni leur langue maternelle – le luxembourgeois, une langue romane, le serbo-croate… – ni la langue de la citoyenneté – le français – ni la langue de communication orale habituelle – le luxembourgeois -.

Une analyse plus approfondie toutefois fera vite apparaître un certain nombre de problèmes majeurs.

Les uns sont d’ordre pédagogique :

  • les enseignants ne sont nullement préparés à cette tâche;
  • les moyens pédagogiques – abécédaires, grammaires scolaires, dictionnaires scolaires uni- et bilingues … – font dans une large mesure défaut parce qu’en amont de grands projets de recherches linguistiques n’ont pas été lancés;

  • enfin, l’enseignement de l’orthographe luxembourgeoise, fondée sur le système allemand, mais présupposant aussi une connaissance du système français, placera enseignants et élèves devant un grand défi.

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Abécédaire allemand 1830


D’autres problèmes, plus fondamentaux, sont d’ordre sociolinguistique.

Ainsi, le luxembourgeois n’étant que partiellement normé, il faudra entre autres déterminer quelle variante de la langue nationale on enseignera : le luxembourgeois du sud, du centre, du nord… ;

Ensuite, et on touche l’essentiel du problème, avant de se lancer dans cette réforme majeure, il faudra bien être conscient de la place du luxembourgeois dans les systèmes des langues du pays et des langues avoisinantes.

Dans la grande région, le luxembourgeois a beau jouir d’une certaine estime parce que sa maîtrise aide à trouver un emploi bien rémunéré au grand-duché, sa valeur communicative en dehors des frontières du pays est inexistante; au Luxembourg même, le luxembourgeois, la langue de la communication orale entre autochtones et la langue de l’écrit familier et électronique, doit se mesurer aux deux autres langues du pays qui occupent des domaines essentiels: le français est à l’oral la lingua franca, la langue de communication entre autochtones et étrangers, et à l’écrit la langue de la citoyenneté alors que l’allemand reste à l’écrit, et dans une certaine mesure à l’oral (télévision, radio), la langue du savoir, de l’information et de la lecture.

Face à l’importance de ces deux grandes langues, notamment au niveau de l’écrit, est-il raisonnable d’imposer aux élèves grand-ducaux d’abord une alphabétisation en luxembourgeois suivie d’une étude intensive de la langue, apprentissage qu’il faudra nécessairement compléter par un enseignement intensif de l’allemand et du français ? La réponse me semble aller de soi… .

Enfin, si on s’engage dans la voie de l’alphabétisation en luxembourgeois, il me paraît évident que cela implique la mise en place d’un cursus de luxembourgeois jusqu’à la fin de la scolarité du secondaire. Or il ne faut jamais perdre de vue que le luxembourgeois est une langue en devenir, en construction qui ne peut pas du jour au lendemain assurer toutes les fonctions d’une grande langue de culture comme le français ou l’allemand. Les limites du luxembourgeois apparaîtraient vite, et cruellement, dans le domaine si important de l’enseignement de la littérature : malgré les progrès énormes faits au courant des dernières décennies, la langue ne possède pas un fonds de textes littéraires assez riche pour alimenter un enseignement de la littérature si soutenu.

 

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Hannert dem Atlantik de Guy Rewenig publié en 1984 fonde le roman luxembourgeois.

Pour résumer, en organisant une alphabétisation en luxembourgeois, on demandera trop à la fois à la langue et aux élèves et la conséquence inévitable sera de la part des élèves le refus d’une matière jugée superfétatoire et au contenu évanescent. Ainsi, au lieu de promouvoir la langue luxembourgeoise on l’abaissera.

 Propositions

Cela ne signifie toutefois nullement qu’il faudrait renoncer à introduire le luxembourgeois dans le cursus scolaire.

Nous pensons au contraire qu’on devrait organiser un enseignement explicite de cette langue, qui est tout de même la langue nationale du pays, à trois moments de la scolarité.

  1. Au niveau de l’école fondamentale en 4e et 3e année ; il s’agirait d’enseigner le système orthographique, de faire un peu de grammaire et de travailler ensuite sur l’expression par la lecture de textes adaptés et  par des rédactions;

  2. Au niveau du secondaire, en classe de septième d’abord ; il faudrait revoir le système orthographique, approfondir la grammaire et cultiver la lecture et l’expression; à ce stade, les élèves seront d’ailleurs demandeurs de ce cours puisque c’est l’âge où ils commencent à écrire beaucoup en luxembourgeois, notamment en se servant des médias électroniques comme le téléphone et l’ordinateur.
    Aux niveaux 1 et 2, il s’agira surtout de travailler l’expression, une compétence qui est souvent peu développée chez les élèves luxembourgophones gênés justement par le fait que dans le cadre de l’école ils sont constamment obligés de s’exprimer dans des langues étrangères;

  3. Une deuxième fois au niveau secondaire, mais dans le cycle supérieur, en classe de 3e ou de 2e. Cette fois-ci, il s’agira d’introduire les élèves à la réflexivité sur la société luxembourgeoise par un cours de civilisation axé sur la littérature, l’histoire et la connaissance du Luxembourg contemporain.

Plaidoyer pour « l’aurea mediocritas »

En matière d’enseignement du luxembourgeois, il faut éviter les deux écueils du tout et du rien :

  • l’alphabétisation en luxembourgeois dépasse les potentialités de la langue et provoquera à coup sûr son rejet;
  • l’éviction complète du luxembourgeois, comme on la trouve par exemple dans le Bildungsstandards Sprachen de Peter Kühn, fait fi de l’importance communicative et de la forte valeur symbolique du luxembourgeois;

  • Il faut au contraire opter pour la voie moyenne qui en l’occurrence consiste à introduire le luxembourgeois dans le cursus scolaire en fonction de son degré d’élaboration et surtout de sa valeur symbolique et de ses fonctions communicatives dans la société luxembourgeoise.

JR

On trouvera la version papier du billet, parue dans forum 297 VI 2010, 68-70, sur scribd: http://www.scribd.com/doc/33028122/L-alphabetisation-en-luxembourgeois

Une version pdf de l’article, avec une bibliographie complète, est téléchargeable sur le site de forum: http://www.forum.lu/pdf/artikel/6851_297_Reisdoerfer.pdf  

Bibliographie

Sitographie

 

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– On ne peut peindre avec des couleurs plus fortes les horreurs de la société humaine, dont notre ignorance et notre faiblesse se promettent tant de consolations. On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes; il prend envie de marcher à quatre pattes, quand on lit votre ouvrage. Lettre de Voltaire à Rousseau au sujet de son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes 1755.

– L’élitiste est plutôt celui qui renonce d’emblée à essayer d’élever tous les enfants, de toutes les classes sociales, à la connaissance de la culture authentique, remplaçant plutôt celle-ci par le même fast-food culturel qui meuble déjà largement le quotidien des enfants. Dans les faits, cela revient à réserver les trésors du savoir authentique aux seuls enfants issus des familles privilégiées. Qu’une telle conception des choses passe pour du progressisme, alors qu’elle en est l’exact opposé, est profondément choquant. Joseph Facal, Le faux progrès .

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Dans le n° 476 des Cahiers pédagogiques, novembre 2009, Philippe Perrenoud, professeur ordinaire de pédagogie à l’Université de Genève, chaire « Institutions scolaires et pratiques pédagogiques » a publié un article fort intéressant sur les problèmes que rencontre actuellement la mise en place d’un enseignement axé sur les compétences : « Du concept aux programmes : incohérence et précipitations » (pp. 15-17).

La page de couverture du n° 476.

 

Après une définition claire du concept de compétences (p.15), l’auteur met en évidence les obstacles qui freinent la mise en place d’une approche par compétences (APC). Il relève ainsi que dans le monde de l’école, à l’opposé de celui du travail, les ressources, c.-à-d. les connaissances et les habilités, sont données et doivent être versées, souvent difficilement, dans le moule des compétences; ensuite, les familles de situations de travail, qui caractérisent le monde du travail, n’existent évidemment pas dans le champ de l’école. Or la précipitation de la mise en place des nouveaux curricula, imposée par les politiques, n’a pas permis de lever ces obstacles et a conduit à une réforme bâclée et incohérente. (p. 16).

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Jean-Jacques Rousseau *1712 – †1778 : le Copernic de la pédagogie, (Martineau. S. in Gauthier/Tardif: 2005)

Afin d’éviter un échec de la réforme, il faut donc poser clairement les problèmes et essayer d’y trouver une réponse. Perrenoud énumère dix problèmes-clés qu’il faudrait résoudre (p. 17). Sans entrer dans les détails, relevons que l’auteur a bien saisi certains aspects problématiques de l’introduction du concept de compétences dans les cursus scolaires et qu’il propose des solutions tout à fait raisonnables. Ainsi à la question 2 « Toutes les finalités de l’éducation scolaire sont-elles censées se décliner en compétences ? », il suggère d’admettre d’autres objectifs comme des « valeurs, des postures, une identité, un développement intellectuel. » ; à la question 3 « Faut-il rattacher tous les savoirs disciplinaires à des compétences ? » l’auteur estime qu’on peut « enseigner certains d’entre eux comme des bases de connaissances ultérieures. »  (p. 17)

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Jean-Jacques Rousseau, Emile ou de l’Education 1672; les théories qui y sont développées seront reprises par la pédagogie nouvelle, un courant auquel se rattache l’APC. [source]

Nous avons toutefois été surtout intéressé par les questions 1 et 9 qui mettent en évidence une caractéristique essentielle de l’APC. Vu l’importance des positions prises, nous reproduirons ici les deux textes in extenso.

Question 1 : « Pourquoi et surtout pour qui veut-on infléchir le curriculum de l’éducation scolaire en faisant une large place aux compétences ? Si l’on ignore l’effet de mode, les raisons sont parfois bien minces en regard des transformations exigées. Et surtout, on ne dit pas clairement que cette réforme s’adresse en priorité à ceux qui ne feront pas d’études longues et ne sortiront pas de l’enseignement supérieur avec des diplômes, une identité, des connaissances, des compétences de haut niveau. Développer des compétences n’est un véritable progrès que pour les élèves qui ne dépassent pas le niveau du bac, voire du certificat d’études. » (p. 17)

Question 9 : « Sommes-nous prêts à donner la priorité, dans la construction des programmes à ceux qui ne suivent pas la voie royale des études longues ? Au besoin en retardant un peu la formation des futures élites ? » (p. 17)

Avec une franchise remarquable, qui tranche avec la langue de bois des politiques et l’hypocrisie de certains défenseurs de la réforme, Philippe Perrenoud avoue que l’introduction de l’approche par compétences amènera un nivellement vers le bas, c.-à-d., à nos yeux, une réduction importante de la transmission des connaissances [item ici] et une désintellectualisation de l’enseignement. Sur ce point, les remarques de l’auteur rejoignent les critiques généralement adressées à l’APC sauf que pour lui ce renoncement est acceptable et accepté et qu’il représente étrangement pour lui un progrès de l’école (p. 16).

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Lev Vygotsky *1896 – †1934; sa théorie du socioconstructivisme joue un rôle important dans l’APC. [source]

Ce qui est toutefois étonnant et inacceptable à nos yeux ce sont l’arrogance, le mépris et le cynisme impliqués par ces propos : voilà une pédagogie qui non seulement trie les élèves entre ceux de l’élite et ceux qui ne comprendront jamais rien – qu’en est-il du principe d’éducabilité si cher à Meirieu ! – mais qui surtout propose aux uns et aux autres un ersatz de savoir et de culture. Quiconque a une pratique de l’enseignement sait d’ailleurs qu’une telle démarche est condamnée d’avance.

Quoi qu’il en soit, des critiques, politiques, pédagogiques et savantes, se sont mises en place en Belgique et au Québec [ cf. item ici] surtout et ont mis en évidence les limites et les faiblesses d’une mode pédagogique qui pour nous s’apparente davantage à une idéologie voire une supercherie qu’à une démarche scientifique.  

Joseph Reisdoerfer

Biblio- et sitographie:   

Addenda:

  • L’une des évolutions actuelles les plus inquiétantes réside dans l’installation au poste de commandement d’une vision purement économique du problème, élaborée et développée à l’échelle internationale. Ce que résume l’écho donné aux résultats des enquêtes du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), pilotées par l’OCDE. Le ministère de l’éducation nationale ne fait plus que répercuter des conceptions très discutables du type de performances auxquelles doivent tendre les systèmes éducatifs.

Marcel Gauchet: « Contre l’idéologie de la compétence, l’éducation doit apprendre à penser », Débat: Comment réinventer l’école ? Le Monde, 3 IX 2011

  • Que peut bien signifier alors « l’élève a 60 % des compétences requises » ? La notion de compétence renvoie tantôt à des savoirs techniques reproductibles, tantôt à des capacités invérifiables dont personne ne cherche à savoir comment elles se forment. Ces référentiels atomisent la notion même de culture et font perdre de vue la formation à la capacité de penser.

Philippe Meirieu: « Contre l’idéologie de la compétence, l’éducation doit apprendre à penser », Débat: Comment réinventer l’école ? Le Monde, 3 IX 2011

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 Réflexions critiques sur la nouvelle politique linguistique éducative mise en place au grand-duché de Luxembourg

Les mauvais résultats aux tests PISA de l’année 2000, le problème de l’échec scolaire, souvent lié à une mauvaise maîtrise des deux langues principales de l’enseignement luxembourgeois, l’allemand et le français, avaient conduit le gouvernement à réfléchir dès 2004 à une redéfinition de la politique linguistique éducative. Elle s’est concrétisée dans le PAL, le plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues, et s’articule dans quatre textes majeurs:

  1. Berg, Charles, et Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  2. Profil de la politique linguistique éducative: Grand-Duché de Luxembourg. 2005-2006. Strasbourg – Luxembourg: Conseil de l’Europe – Division des politiques linguistiques / Ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle Luxembourg.

  3. Berg, Charles, and Christiane Weis. 2007. Réajustement de l’enseignement des langues. Plan d’action 2007-2009: contribuer au changement durable du système éducatif par la mise en oeuvre d’une politique linguistique éducative . Luxembourg: CESIJE.
  4. Image du Presse-papiersKühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle

Parmi ces documents, le texte N° 4 nous paraît de loin le plus intéressant puisqu’il doit servir de référence de cadre à l’enseignement des langues. L’auteur y développe trois thèses essentielles:

  1. Les différentes langues enseignées dans l’enseignement luxembourgeois sont toutes mises sur un pied d’égalité : Auf Grund der besonderen Sprachensituation in Luxemburg ist es müssig und vergebliche Liebesmüh, die verschiedenen Sprachen mit linguistischen Begriffen wie „Muttersprache“, „Fremdsprache“, „Erstsprache“, „Zweitsprache“, „Herkunftssprache“, „Familiensprache“, „Begegnungssprache“, „Partnersprache“, „Umgebungssprache“ usw. „einfangen“ zu wollen. (Kühn, 2008 : 16);

  2. Le texte porte essentiellement sur l’allemand et le français. Ni le luxembourgeois ni l’anglais ni d’autres langues enseignées dans les cursus luxembourgeois ne sont mentionnés;
  3. Les langues seront enseignées selon une approche par compétences (Kühn, 2008 : 18) liée à l’approche communicative (Kühn, 2008 : 17-18).

Nous porterons trois reproches majeurs à cette nouvelle politique linguistique éducative:

    1. Le texte, qui est focalisé sur le couple allemand-français, est déphasé par rapport à la réalité linguistique qui repose sur le couple luxembourgeois-français, l’allemand étant désormais confiné dans les domaines de la lecture et de l’audiovisuel (télévision);
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      Les noms des localités sont donnés en français et en luxembourgeois [source]

    2. Le texte, en refusant de hiérarchiser les langues, induit une pédagogie réductrice;

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François Rabelais [source]

  1. Ce mouvement est encore renforcé par la mise en place de l’enseignement par compétences et de l’approche communicative généralisée à tous les ordres d’enseignement. Cela implique un véritable changement de paradigme pédagogique qui, par sa démarche utilitariste et sa focalisation sur une communication réduite souvent à ses formes les plus simples et les plus triviales, désintellectualise les apprentissages: on remplace la tête bien pleine et bien faite de Rabelais et de Montaigne par la tête fort habile de Peirce.

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Le portrait dit de Chantilly de Michel de Montaigne [source]

Il faut craindre que ces changements profonds ne provoquent d’abord une baisse de la culture linguistique et de la maîtrise des langues en général. Cela modifiera certainement l’équilibre des langues au Luxembourg induisant une désaffectation du français et une remontée naturelle de l’allemand, plus facile à maîtriser parce que plus proche de la langue maternelle des luxembourgophones. Il est possible que se mette alors en place un système diglossique avec l’allemand comme variante linguistique haute et le luxembourgeois comme variante linguistique basse, difficile à maîtriser par les nombreux franco- et romanophones vivant et travaillant au Luxembourg. Des tensions sociales en seront la conséquence.

Ainsi la nouvelle politique linguistique éducative, au lieu d’être au service de la politique linguistique et de préserver le trilinguisme luxembourgeois, risque de détruire un système linguistique original qui s’est construit dans et par l’histoire et qui est une des principales richesses culturelles du pays.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Bibliographie:

  • Berg, Charles, & Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  • Bulle, Nathalie. 2009. L’Ecole et son double. Essai sur l’évolution pédagogique en France. Paris: Hermann Editeurs. [cr. de Jean-Paul Brighelli in Marianne 2]
  • Crahay, Marcel 2006. Dangers, incertitude et incomplétude de la logique de la compétence en éducation. Revue française de pédagogie 154.
  • Cuq, Jean-Pierre, & Isabelle Gruca. 2006. Cours de didactique du français langue étrangère et seconde. Nouvelle édition, Collection Fle. Grenoble: Presses universitaires de Grenoble. édition originale, 2002.

  • Fehlen, Fernand, Legrand, Michel, Piroth, Isabelle, Schmit, Carole. 1998. Le Sondage « Baleine » Une étude sociologique sur les trajectoires migratoires, les langues et la vie associative au Luxembourg, Recherche Etude Documentation. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Fehlen, Fernand. 2009. BaleineBis: Une enquête sur un marché linguistique en profonde mutation / Luxemburgs Sprachemarkt im Wandel, Recherches Etude et Documentation N° 12. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.

  • Ferguson, Charles. 1959. Diglossia. Word 15: 325-340.
  • Fuhrmann, Manfred. 2004. Der europäische Bildungskanon. Frankfurt am Main und Leipzig: Insel Verlag; surtout le chapitre 17 « Bildungssurrogate der Gegenwart – Kompetenzen, Qualifikationen », 217-229. sur M. Fuhrmann, cf. ici et ici.
  • Kühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle.

  • Laval, Christian. 2004. L’école n’est pas une entreprise : le néolibéralisme à l’assaut de l’enseignement public, Cahiers libres. Paris: La Découverte.
  • Martin, Romain, Christophe Dierendonck, Christian Meyers, Mélanie Noesen. 2008. La place de l’école dans la société luxembourgeoise de demain. Vers de nouveaux modèles de fonctionnement du système éducatif. édité par J. M. de Ketele, Pédagogies en développement. Bruxelles: De Boeck.
  • Newton, Gerald, ed. 1996. Luxembourg and Lëtzebuergesch: language and Communication at the Crossroads of Europe. Oxford: OUP.

  • Le numéro Spracherziehung du Forum 264, 2007.
  • Reisdoerfer, Joseph. 2009. Analyse critique de la nouvelle politique linguistique éducative du grand-duché de Luxembourg. Synergies Algérie 6 :137-146.

Sitographie:

Les idées esquissées dans ce billet ont été développées dans un article paru dans le Lëtzebuerger Land: Joseph Reisdoerfer 2009. Réflexions sur la politique linguistique éducative, d’Lëtzebuerger Land 56 Jhg. N° 39, 25 IX 2009: pp. 18 et 20.

Cf. également notre billet InCompétences : Remarques sur une idéologie pédagogique Poikilia I 2010.

Addendum:

Extrait d’un article paru sur le site Monde.fr Chroniques d’abonnés, 15 XII 2009 « Les héros de la culture sont fatigués …  » par Zébulonne, enseignante:

« Les langues ont en amont déjà été quasiment vidées de leur contenu culturel au profit d’un enseignement en « compétences » qui ne donne pas vraiment les fruits escomptés. L’enseignement du français, base de tous les autres enseignements est lui même réduit et rendu plus difficile alors que tous les professeurs s’accordent à reconnaître l’urgence d’une meilleure maîtrise de la langue maternelle. « 

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