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Archive for the ‘Sociolinguistique’ Category

 Réflexions critiques sur la nouvelle politique linguistique éducative mise en place au grand-duché de Luxembourg

Les mauvais résultats aux tests PISA de l’année 2000, le problème de l’échec scolaire, souvent lié à une mauvaise maîtrise des deux langues principales de l’enseignement luxembourgeois, l’allemand et le français, avaient conduit le gouvernement à réfléchir dès 2004 à une redéfinition de la politique linguistique éducative. Elle s’est concrétisée dans le PAL, le plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues, et s’articule dans quatre textes majeurs:

  1. Berg, Charles, et Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  2. Profil de la politique linguistique éducative: Grand-Duché de Luxembourg. 2005-2006. Strasbourg – Luxembourg: Conseil de l’Europe – Division des politiques linguistiques / Ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle Luxembourg.

  3. Berg, Charles, and Christiane Weis. 2007. Réajustement de l’enseignement des langues. Plan d’action 2007-2009: contribuer au changement durable du système éducatif par la mise en oeuvre d’une politique linguistique éducative . Luxembourg: CESIJE.
  4. Image du Presse-papiersKühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle

Parmi ces documents, le texte N° 4 nous paraît de loin le plus intéressant puisqu’il doit servir de référence de cadre à l’enseignement des langues. L’auteur y développe trois thèses essentielles:

  1. Les différentes langues enseignées dans l’enseignement luxembourgeois sont toutes mises sur un pied d’égalité : Auf Grund der besonderen Sprachensituation in Luxemburg ist es müssig und vergebliche Liebesmüh, die verschiedenen Sprachen mit linguistischen Begriffen wie „Muttersprache“, „Fremdsprache“, „Erstsprache“, „Zweitsprache“, „Herkunftssprache“, „Familiensprache“, „Begegnungssprache“, „Partnersprache“, „Umgebungssprache“ usw. „einfangen“ zu wollen. (Kühn, 2008 : 16);

  2. Le texte porte essentiellement sur l’allemand et le français. Ni le luxembourgeois ni l’anglais ni d’autres langues enseignées dans les cursus luxembourgeois ne sont mentionnés;
  3. Les langues seront enseignées selon une approche par compétences (Kühn, 2008 : 18) liée à l’approche communicative (Kühn, 2008 : 17-18).

Nous porterons trois reproches majeurs à cette nouvelle politique linguistique éducative:

    1. Le texte, qui est focalisé sur le couple allemand-français, est déphasé par rapport à la réalité linguistique qui repose sur le couple luxembourgeois-français, l’allemand étant désormais confiné dans les domaines de la lecture et de l’audiovisuel (télévision);
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      Les noms des localités sont donnés en français et en luxembourgeois [source]

    2. Le texte, en refusant de hiérarchiser les langues, induit une pédagogie réductrice;

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François Rabelais [source]

  1. Ce mouvement est encore renforcé par la mise en place de l’enseignement par compétences et de l’approche communicative généralisée à tous les ordres d’enseignement. Cela implique un véritable changement de paradigme pédagogique qui, par sa démarche utilitariste et sa focalisation sur une communication réduite souvent à ses formes les plus simples et les plus triviales, désintellectualise les apprentissages: on remplace la tête bien pleine et bien faite de Rabelais et de Montaigne par la tête fort habile de Peirce.

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Le portrait dit de Chantilly de Michel de Montaigne [source]

Il faut craindre que ces changements profonds ne provoquent d’abord une baisse de la culture linguistique et de la maîtrise des langues en général. Cela modifiera certainement l’équilibre des langues au Luxembourg induisant une désaffectation du français et une remontée naturelle de l’allemand, plus facile à maîtriser parce que plus proche de la langue maternelle des luxembourgophones. Il est possible que se mette alors en place un système diglossique avec l’allemand comme variante linguistique haute et le luxembourgeois comme variante linguistique basse, difficile à maîtriser par les nombreux franco- et romanophones vivant et travaillant au Luxembourg. Des tensions sociales en seront la conséquence.

Ainsi la nouvelle politique linguistique éducative, au lieu d’être au service de la politique linguistique et de préserver le trilinguisme luxembourgeois, risque de détruire un système linguistique original qui s’est construit dans et par l’histoire et qui est une des principales richesses culturelles du pays.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Bibliographie:

  • Berg, Charles, & Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  • Bulle, Nathalie. 2009. L’Ecole et son double. Essai sur l’évolution pédagogique en France. Paris: Hermann Editeurs. [cr. de Jean-Paul Brighelli in Marianne 2]
  • Crahay, Marcel 2006. Dangers, incertitude et incomplétude de la logique de la compétence en éducation. Revue française de pédagogie 154.
  • Cuq, Jean-Pierre, & Isabelle Gruca. 2006. Cours de didactique du français langue étrangère et seconde. Nouvelle édition, Collection Fle. Grenoble: Presses universitaires de Grenoble. édition originale, 2002.

  • Fehlen, Fernand, Legrand, Michel, Piroth, Isabelle, Schmit, Carole. 1998. Le Sondage « Baleine » Une étude sociologique sur les trajectoires migratoires, les langues et la vie associative au Luxembourg, Recherche Etude Documentation. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Fehlen, Fernand. 2009. BaleineBis: Une enquête sur un marché linguistique en profonde mutation / Luxemburgs Sprachemarkt im Wandel, Recherches Etude et Documentation N° 12. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.

  • Ferguson, Charles. 1959. Diglossia. Word 15: 325-340.
  • Fuhrmann, Manfred. 2004. Der europäische Bildungskanon. Frankfurt am Main und Leipzig: Insel Verlag; surtout le chapitre 17 « Bildungssurrogate der Gegenwart – Kompetenzen, Qualifikationen », 217-229. sur M. Fuhrmann, cf. ici et ici.
  • Kühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle.

  • Laval, Christian. 2004. L’école n’est pas une entreprise : le néolibéralisme à l’assaut de l’enseignement public, Cahiers libres. Paris: La Découverte.
  • Martin, Romain, Christophe Dierendonck, Christian Meyers, Mélanie Noesen. 2008. La place de l’école dans la société luxembourgeoise de demain. Vers de nouveaux modèles de fonctionnement du système éducatif. édité par J. M. de Ketele, Pédagogies en développement. Bruxelles: De Boeck.
  • Newton, Gerald, ed. 1996. Luxembourg and Lëtzebuergesch: language and Communication at the Crossroads of Europe. Oxford: OUP.

  • Le numéro Spracherziehung du Forum 264, 2007.
  • Reisdoerfer, Joseph. 2009. Analyse critique de la nouvelle politique linguistique éducative du grand-duché de Luxembourg. Synergies Algérie 6 :137-146.

Sitographie:

Les idées esquissées dans ce billet ont été développées dans un article paru dans le Lëtzebuerger Land: Joseph Reisdoerfer 2009. Réflexions sur la politique linguistique éducative, d’Lëtzebuerger Land 56 Jhg. N° 39, 25 IX 2009: pp. 18 et 20.

Cf. également notre billet InCompétences : Remarques sur une idéologie pédagogique Poikilia I 2010.

Addendum:

Extrait d’un article paru sur le site Monde.fr Chroniques d’abonnés, 15 XII 2009 « Les héros de la culture sont fatigués …  » par Zébulonne, enseignante:

« Les langues ont en amont déjà été quasiment vidées de leur contenu culturel au profit d’un enseignement en « compétences » qui ne donne pas vraiment les fruits escomptés. L’enseignement du français, base de tous les autres enseignements est lui même réduit et rendu plus difficile alors que tous les professeurs s’accordent à reconnaître l’urgence d’une meilleure maîtrise de la langue maternelle. « 

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Notre propos ne portera pas sur la musique harmonieuse de Mozart, hélas, mais sur une cacophonique bronca qui se donne actuellement au département de germanistique de l’Université du Luxembourg.

téléchargé
Bibliothèque de l’Université du Luxembourg [S]

C’est Jean-Paul Hoffmann, professeur d’allemand dans l‘enseignement secondaire et spécialiste reconnu en linguistique luxembourgeoise qui a donné le la.
Le 20 II 2009, il publie un article, polémique, Von deutschen Zauberflöten. Fußnoten zu einer Fachtagung dans le Lëtzebuerger Land (LL) 8, 16-17 sur un colloque organisé à l’Université du Luxembourg par les professeurs Georg Mein et Heinz Sieburg et analysant la place de l’allemand au grand-duché de Luxembourg: Das Deutsche im Kontext der Luxemburger Mehrsprachigkeit. Bestandsaufnahme und Ausblick  (cf. également ici) Hoffmann reproche grosso modo aux organisateurs non seulement d’être incompétents en linguistique luxembourgeoise mais surtout de propager des théories qui se rapprochent dangereusement de la politique linguistique imposée par l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale : Zu bedauern ist an der ganzen Geschichte aber vor allem, dass offenbar alle 30 Jahre wieder dieselbe leidige Melodie ertönt. Um so schwerer wiegt in diesem Zusammenhang allerdings der Umstand, dass diese deutsch-nationalen Töne diesmal nicht, wie noch 1980, aus Deutschland, sondern vielmehr aus dem Herzen Luxemburgs kommen. Hierzulande leistet man sich, … seit geraumer Zeit eine Handvoll weltfremder Sprachdozenten, … um, … vom deutsch besetzten Elfenbeinturm der Universität Luxemburg herab, von keinerlei Sachkenntnis getrübt und im Brustton der Überzeugung die luxemburgische Sprachidentität aufs Schamloseste mit Füssen zu treten.

Georg Mein reprend le thème enchaînant quelque temps après avec un morceau non moins polémique publié dans le même journal (LL 6 III 2009, 10, 18) et intitulé Sirenengesänge. Il reproche d’abord à Jean-Paul Hoffmann une argumentation spécieuse falsifiant le véritable objet de colloque; l’attaque enfin aurait été motivée par une question d’amour propre, Hoffmann ayant été vexé de ne pas avoir été invité par les organisateurs de la manifestation.

 

Nous voudrions analyser dans ce billet certains arguments-clés développés par les deux parties en laissant de côté, dans la mesure du possible, les attaques personnelles, particulièrement désobligeantes et pénibles d’ailleurs dans l’article de Georg Mein.

  1. Georg Mein prétend que le colloque ne portait pas essentiellement sur l’allemand au Grand-Duché de Luxembourg : Was Herr Hoffmann aber nun macht – und dies ist der schmutzige Trick seiner « Argumentation » – lässt sich in etwa so beschreiben : Zunächst wird unterstellt, dass das Kolloquium aus einer spezifischen Sorge um die deutsche Sprache hier in Luxemburg motiviert gewesen sei. Das ist ganz einfach falsch. Une simple lecture du programme du colloque montre toutefois que tout tournait effectivement autour de l’allemand et de sa place au Luxembourg : DEUTSCH ALS EINE SPRACHE LUXEMBURGS : Hintergründe und Fragestellungen ; DEUTSCH ALS SPRACHE IN KULTUR UND LITERATUR : Die Rolle des Deutschen im Luxemburger Kulturbetrieb ; Die deutschsprachige Literatur als Teil der Luxemburgischen Literatur ; DEUTSCH IN EUROPA ; DEUTSCH ALS PRESSE- UND MEDIENSPRACHE : Die Rolle des Deutschen am Medienstandort Luxemburg. …  Il n’y a pas à ergoter ici : Le thème, l’unique et obsédant thème, du colloque était bel et bien l’allemand au Luxembourg.

  2. Georg Mein affirme également que le but du colloque était de faire avancer la science, d’ajouter aux connaissances, et que c’est pour cette raison que les organisateurs n’auraient pas invité Jean-Paul Hoffmann. Une affirmation pour le moins étonnante à deux égards ! Jean-Paul Hoffmann est un spécialiste reconnu des études luxembourgeoises, auteur d’une thèse sur le sujet (Bonn 1984) et coauteur avec un G. Newton d’un manuel sur le luxembourgeois qui fait autorité. Les organisateurs du colloque par contre sont des novices dans le domaine. Georg Mein est professeur de littérature allemande moderne et contemporaine, auteur d’une thèse sur le discours esthétique de l’époque des lumières au romantisme, Heinz Sieburg dialectologue de formation avec une thèse sur le parler de la région de Rhein-Sieg enseigne entre autres la médiévistique à l’UdL. Quant aux personnes invitées, il s’agit pour la plupart de personnalités du monde culturel et économique, comme Nico Helminger, Pierre Gramegna, Edmond Israel, Jean-Claude Knebeler … , des gens parfaitement honorables, mais totalement étrangers au domaine de la philologie et de la sociolinguistique luxembourgeoises. Jean-Paul Hoffmann utilise le terme peu amène de farce pour caractériser ce colloque. C’est probablement exagéré de la même façon que ce serait prétentieux d’accoler l’adjectif scientifique à une manifestation qui n’avait d’universitaire que le cadre.

  3. Dans son article, Jean-Paul Hoffmann établit continuellement un lien entre ce colloque et la politique linguistique mise en place par l’occupant allemand à partir de 1940. C’est certainement l’aspect le plus problématique de son raisonnement. En effet, en se focalisant sans cesse sur la période de l’occupation, une période certes importante et ô combien traumatisante de l’histoire récente du grand-duché, on passe à côté de l’actualité qu’on ne comprend plus dans son originalité et sa complexité. En fait, ils ne sont pas revenus, mais d’autres sont venus : des intellectuels allemands, bien formés, intelligents, professeurs à l’université, conseillers aux ministères … . Lorsqu’ils analysent la situation linguistique, après la courbette obligée et politiquement correcte au multilinguisme luxembourgeois, ils élaborent et propagent, plus ou moins consciemment, des modèles linguistiques qui correspondent aux seuls modèles qu’ils connaissent et qu’ils pratiquent et qui ont l’avantage de consolider en même temps la position linguistique et culturelle de l’Allemagne au Luxembourg: il s’agit en l’occurrence d’un modèle diglossique classique avec l’allemand comme variante linguistique haute et le luxembourgeois comme variante linguistique basse, une configuration excluant évidemment le français. Ce modèle, admis avec quelques restrictions par des germanistes éminents, est non seulement problématique à bien des égards, mais surtout contraire à l’histoire linguistique et culturelle de notre pays, contraire à la sensibilité francophile de beaucoup de nos concitoyens, contraire à nos intérêts politiques et économiques et infiniment dangereux pour la cohésion sociale d’un pays où vivent plus de 40 % d’étrangers dont la plupart sont romano- ou francophones.

Il est difficile pour le moment de dire davantage sur cette manifestation au sujet de laquelle nous ne disposons que de quelques comptes rendus publiés dans la presse locale et d’une série d’articles polémiques. Afin qu’on puisse juger sur pièce et que la manifestation retrouve un semblant de scientificité, les responsables devraient s’appliquer à publier les actes du colloque. Nous pourrons alors apprécier dans son intégralité le discours remarqué de l’ambassadeur de la République Fédérale sur les messes à dire en allemand ou comprendre enfin pourquoi les luxembourgophones sont des ploucs parlant une langue dont la vitalité retrouvée serait un dynamischer Aufbruch in die Provinzialität (FAZ 5 XII 2008, 285, S.10).

Joseph Reisdoerfer

Liens:

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La place du français dans la société luxembourgeoise est désormais contestée.

Sur le site de RTL, des internautes ont lancé une discussion intitulée Le Luxembourg n’est pas un pays francophone. Dans une interview récente accordée au Luxemburger Wort, Peter Gilles, professeur de linguistique luxembourgeoise à l’Université du Luxembourg, juge problématique le fait que l’Etat communique uniquement en français avec ses administrés.

Ces positions, parfois très critiques à l’égard du français, ont des causes multiples:

  1. la domination du français à Luxembourg-ville, une résultante du phénomène migratoire des frontaliers, notamment ceux de France et de Belgique, qui travaillent dans la capitale;
  2. des problèmes au niveau de la transmission du français vécue par beaucoup d’élèves comme moyen de sélection et facteur d’échecs ;
  3. les attaques maladroites lancées récemment par le président Sarkozy et d’autres membres de gouvernement français contre le grand-duché de Luxembourg considéré comme un paradis fiscal qui ont fini par ébranler la francophilie traditionnelle de beaucoup de Luxembourgeois.

Certains reproches faits à la langue française ne nous paraissent pas fondés et nous tenterons dans ce billet d’objectiver le débat en esquissant une petite histoire du français au grand-duché de Luxembourg.

  1. Les liens entre le Luxembourg et le monde romano- francophone sont anciens et s’étendent sur une longue durée: dès le XIIe siècle, les comtes de Luxembourg entrent en contact avec le monde roman, jusqu’en 1839 le Luxembourg comportera à côté d’un quartier allemand un quartier wallon, romanophone,- grosso modo l’actuelle province de Luxembourg en Belgique – et jusqu’au début du XXe siècle des parlers romans continueront à être parlés sur le territoire de l’actuel grand-duché, le wallon à Doncols-Sonlez, le lorrain à Rodange ;

    luxembourgpartitionsmap_francais-1.1235495969.jpg

    La carte des partitions fait bien apparaître l’importance du quartier wallon

  2. L’Etat luxembourgeois est francographe depuis le XVe siècle; la loi du 24 février 1984 sur le régime des langues dont l’article 2 stipule que le français est la langue des lois découle de cette tradition séculaire; les pratiques langagières de l’Etat expliquent la forte présence du français dans le monde économique, notamment dans le secteur des services, et l’introduction du français dans l’enseignement primaire – dès 1843 – et secondaire. Le français et le luxembourgeois sont ainsi les deux langues de la citoyenneté qui permettent aux habitants du grand-duché de participer à la vie politique du pays.

  3. Depuis la fin des années soixante, le français est devenu une lingua franca, une langue de communication entre les Luxembourgeois et les étrangers.

Vu l’ancienneté des liens entre le monde roman et le Luxembourg, vu l’importance politico-sociale du français, il nous paraît peu probable que le Luxembourg renonce au français.

Un dernier argument, à première vue paradoxal, convaincra les plus sceptiques. Le français est en fait le meilleur allié du luxembourgeois. Si les Luxembourgeois par malheur renonçaient au français, ils se retrouveraient dans une situation diglossique caractérisée en l’occurrence par l’existence d’une seule langue se manifestant sous deux formes : une variété linguistique basse, le luxembourgeois, et une variété linguistique haute, l’allemand.

Les Luxembourgeois n’ont pas tant oeuvré pour la promotion de leur langue pour en revenir in fine à une redialectalisation du Lëtzebuergesch.

Quelques liens relatifs à la sociologie des langues au grand-duché de Luxembourg

Bibliographie

  • Atten, Alain. 1980. Le wallon frontalier de Doncols-Sonlez / Grenzwallonisch aus Doncols-Soller. Vol. XV, Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde. Luxembourg: Institut grand-ducal section de linguistique, de folklore et de toponymie.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1988. Les patois romans du Grand-Duché de Luxembourg: État des recherches et perspectives. De Familjefuerscher 5 (15 V 1988): 41-44.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1992. Romania submersa. Kurze Darstellung des patois lorrain von Rodange. Die Warte / Perspectives, Kulturelle Wochenbeilage des Luxemburger Wortes, 22 X 1992.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1992. «D’Halett läit am tirang!» Recherches sur l’influence lexicale du lorrain et du wallon sur le luxembourgeois. Études Romanes V:7-74.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1993. Romania submersa. Etude de la toponymie lorraine de Rodange. In Lorraine vivante : hommage à Jean Lanher, édité par R. Marchal and B. Guidot. Nancy: Presses universitaires de Nancy.
  • Fehlen, Fernand, Legrand, Michel, Piroth, Isabelle, Schmit, Carole. 1998. Le Sondage « Baleine » Une étude sociologique sur les trajectoires migratoires, les langues et la vie associative au Luxembourg, Recherche Etude Documentation. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Fehlen, Fernand. 2009. BaleineBis: Une enquête sur un marché linguistique en profonde mutation / Luxemburgs Sprachemarkt im Wandel, Recherches Etude et Documentation N° 12. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Magère, Philippe, Esmein, Bernard, Poty, Max. s. a. La situation de la langue française parmi les autres langues en usage au Grand-Duché de Luxembourg: Centre culturel français de Luxembourg /Centre d’études et de recherches européennes Robert Schuman / Université de Metz, U.F.R. Lettres et Sciences Humaines-Département Communication.

Joseph Reisdoerfer reisdoe@gmail.com

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