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 Réflexions critiques sur la nouvelle politique linguistique éducative mise en place au grand-duché de Luxembourg

Les mauvais résultats aux tests PISA de l’année 2000, le problème de l’échec scolaire, souvent lié à une mauvaise maîtrise des deux langues principales de l’enseignement luxembourgeois, l’allemand et le français, avaient conduit le gouvernement à réfléchir dès 2004 à une redéfinition de la politique linguistique éducative. Elle s’est concrétisée dans le PAL, le plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues, et s’articule dans quatre textes majeurs:

  1. Berg, Charles, et Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  2. Profil de la politique linguistique éducative: Grand-Duché de Luxembourg. 2005-2006. Strasbourg – Luxembourg: Conseil de l’Europe – Division des politiques linguistiques / Ministère de l’Education nationale et de la Formation professionnelle Luxembourg.

  3. Berg, Charles, and Christiane Weis. 2007. Réajustement de l’enseignement des langues. Plan d’action 2007-2009: contribuer au changement durable du système éducatif par la mise en oeuvre d’une politique linguistique éducative . Luxembourg: CESIJE.
  4. Image du Presse-papiersKühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle

Parmi ces documents, le texte N° 4 nous paraît de loin le plus intéressant puisqu’il doit servir de référence de cadre à l’enseignement des langues. L’auteur y développe trois thèses essentielles:

  1. Les différentes langues enseignées dans l’enseignement luxembourgeois sont toutes mises sur un pied d’égalité : Auf Grund der besonderen Sprachensituation in Luxemburg ist es müssig und vergebliche Liebesmüh, die verschiedenen Sprachen mit linguistischen Begriffen wie „Muttersprache“, „Fremdsprache“, „Erstsprache“, „Zweitsprache“, „Herkunftssprache“, „Familiensprache“, „Begegnungssprache“, „Partnersprache“, „Umgebungssprache“ usw. „einfangen“ zu wollen. (Kühn, 2008 : 16);

  2. Le texte porte essentiellement sur l’allemand et le français. Ni le luxembourgeois ni l’anglais ni d’autres langues enseignées dans les cursus luxembourgeois ne sont mentionnés;
  3. Les langues seront enseignées selon une approche par compétences (Kühn, 2008 : 18) liée à l’approche communicative (Kühn, 2008 : 17-18).

Nous porterons trois reproches majeurs à cette nouvelle politique linguistique éducative:

    1. Le texte, qui est focalisé sur le couple allemand-français, est déphasé par rapport à la réalité linguistique qui repose sur le couple luxembourgeois-français, l’allemand étant désormais confiné dans les domaines de la lecture et de l’audiovisuel (télévision);
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      Les noms des localités sont donnés en français et en luxembourgeois [source]

    2. Le texte, en refusant de hiérarchiser les langues, induit une pédagogie réductrice;

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François Rabelais [source]

  1. Ce mouvement est encore renforcé par la mise en place de l’enseignement par compétences et de l’approche communicative généralisée à tous les ordres d’enseignement. Cela implique un véritable changement de paradigme pédagogique qui, par sa démarche utilitariste et sa focalisation sur une communication réduite souvent à ses formes les plus simples et les plus triviales, désintellectualise les apprentissages: on remplace la tête bien pleine et bien faite de Rabelais et de Montaigne par la tête fort habile de Peirce.

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Le portrait dit de Chantilly de Michel de Montaigne [source]

Il faut craindre que ces changements profonds ne provoquent d’abord une baisse de la culture linguistique et de la maîtrise des langues en général. Cela modifiera certainement l’équilibre des langues au Luxembourg induisant une désaffectation du français et une remontée naturelle de l’allemand, plus facile à maîtriser parce que plus proche de la langue maternelle des luxembourgophones. Il est possible que se mette alors en place un système diglossique avec l’allemand comme variante linguistique haute et le luxembourgeois comme variante linguistique basse, difficile à maîtriser par les nombreux franco- et romanophones vivant et travaillant au Luxembourg. Des tensions sociales en seront la conséquence.

Ainsi la nouvelle politique linguistique éducative, au lieu d’être au service de la politique linguistique et de préserver le trilinguisme luxembourgeois, risque de détruire un système linguistique original qui s’est construit dans et par l’histoire et qui est une des principales richesses culturelles du pays.

Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

Bibliographie:

  • Berg, Charles, & Christiane Weis. 2005. Sociologie de l’enseignement des langues dans un environnement multilingue. Rapport national en vue de l’élaboration du profil des politiques linguistiques éducatives luxembourgeoises. Luxembourg: Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle et Centre d’études sur la situation des jeunes en Europe.

  • Bulle, Nathalie. 2009. L’Ecole et son double. Essai sur l’évolution pédagogique en France. Paris: Hermann Editeurs. [cr. de Jean-Paul Brighelli in Marianne 2]
  • Crahay, Marcel 2006. Dangers, incertitude et incomplétude de la logique de la compétence en éducation. Revue française de pédagogie 154.
  • Cuq, Jean-Pierre, & Isabelle Gruca. 2006. Cours de didactique du français langue étrangère et seconde. Nouvelle édition, Collection Fle. Grenoble: Presses universitaires de Grenoble. édition originale, 2002.

  • Fehlen, Fernand, Legrand, Michel, Piroth, Isabelle, Schmit, Carole. 1998. Le Sondage « Baleine » Une étude sociologique sur les trajectoires migratoires, les langues et la vie associative au Luxembourg, Recherche Etude Documentation. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Fehlen, Fernand. 2009. BaleineBis: Une enquête sur un marché linguistique en profonde mutation / Luxemburgs Sprachemarkt im Wandel, Recherches Etude et Documentation N° 12. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.

  • Ferguson, Charles. 1959. Diglossia. Word 15: 325-340.
  • Fuhrmann, Manfred. 2004. Der europäische Bildungskanon. Frankfurt am Main und Leipzig: Insel Verlag; surtout le chapitre 17 « Bildungssurrogate der Gegenwart – Kompetenzen, Qualifikationen », 217-229. sur M. Fuhrmann, cf. ici et ici.
  • Kühn, Peter. 2008. Bildungsstandards Sprachen. Leitfaden für den kompetenzorientierten Sprachenunterricht an Luxemburger Schulen. Plan d’action pour le réajustement de l’enseignement des langues. édité par le Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle. Luxembourg: Ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle.

  • Laval, Christian. 2004. L’école n’est pas une entreprise : le néolibéralisme à l’assaut de l’enseignement public, Cahiers libres. Paris: La Découverte.
  • Martin, Romain, Christophe Dierendonck, Christian Meyers, Mélanie Noesen. 2008. La place de l’école dans la société luxembourgeoise de demain. Vers de nouveaux modèles de fonctionnement du système éducatif. édité par J. M. de Ketele, Pédagogies en développement. Bruxelles: De Boeck.
  • Newton, Gerald, ed. 1996. Luxembourg and Lëtzebuergesch: language and Communication at the Crossroads of Europe. Oxford: OUP.

  • Le numéro Spracherziehung du Forum 264, 2007.
  • Reisdoerfer, Joseph. 2009. Analyse critique de la nouvelle politique linguistique éducative du grand-duché de Luxembourg. Synergies Algérie 6 :137-146.

Sitographie:

Les idées esquissées dans ce billet ont été développées dans un article paru dans le Lëtzebuerger Land: Joseph Reisdoerfer 2009. Réflexions sur la politique linguistique éducative, d’Lëtzebuerger Land 56 Jhg. N° 39, 25 IX 2009: pp. 18 et 20.

Cf. également notre billet InCompétences : Remarques sur une idéologie pédagogique Poikilia I 2010.

Addendum:

Extrait d’un article paru sur le site Monde.fr Chroniques d’abonnés, 15 XII 2009 « Les héros de la culture sont fatigués …  » par Zébulonne, enseignante:

« Les langues ont en amont déjà été quasiment vidées de leur contenu culturel au profit d’un enseignement en « compétences » qui ne donne pas vraiment les fruits escomptés. L’enseignement du français, base de tous les autres enseignements est lui même réduit et rendu plus difficile alors que tous les professeurs s’accordent à reconnaître l’urgence d’une meilleure maîtrise de la langue maternelle. « 

En guise d’exergue:

Cette Europe-là n’est pas la mienne. Je la laisse au ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale et aux caves du Vatican. Alain de Libera

Graecum est, non legitur: c’est du grec, cela ne se lit pas. Le Moyen Age ignore la civilisation grecque qui est redécouverte d’abord aux XIIe et surtout XIIIe s. par la translatio studiorum arabe puis, à partir du XVe  s. par le travail des humanistes de la Renaissance.

AristoteMontC’est cette opinion communément admise que Sylvain Gouguenheim [ici] (S. G.), professeur des universités à l’ENS Fontenay-Saint-Cloud de Lyon, prétend déconstruire dans un essai intitulé  Aristote au Mont-Saint-Michel (AMSM) publié en mars 2008 au Seuil, dans la collection L’Univers historique. L’historien entend pourfendre la thèse d’un Moyen-Age barbare, sombre, revigoré par l’Islam des Lumières qui lui transmet par ses traductions le savoir grec oublié. D’après lui, la culture grecque n’aurait jamais été complètement oubliée dans l’Occident médiéval qui entretenait par ailleurs des relations étroites avec l’Empire byzantin. Et surtout, il existait des centres de traduction en Europe même, notamment dans l’abbaye du Mont-Saint-Michel où travaillait au XIIe siècle déjà un certain Jacobus Veneticus Graecus, Jacques de Venise [et ici], qui a traduit un nombre considérable d’ouvrages d’Aristote du grec en latin. L’Occident médiéval non seulement n’aurait jamais abandonné l’héritage grec, mais aurait eu la capacité de se réapproprier par ses propres moyens des pans entiers de la civilisation grecque perdue. Nul besoin donc du passeur arabe, Avicenne, Averroès  …, des traducteurs de Tolède … .

Pour une présentation plus détaillée du contenu de l’ouvrage, nous renvoyons aux excellents comptes rendus de Rémi Gaillard sur nonfiction.fr  et de Patricia Briel dans Le Temps .

L’ouvrage et la polémique furent lancés par des comptes rendus élogieux de Stéphane Boiron et surtout de Roger-Pol Droit publiés l’un dans Le Figaro l’autre dans Le Monde: « Somme toute, contrairement à ce qu’on répète crescendo depuis les années 1960, la culture européenne, dans son histoire et son développement, ne devrait pas grand-chose à l’islam. En tout cas rien d’essentiel. Précis, argumenté, ce livre qui remet l’histoire à l’heure est aussi fort courageux. » (Le Monde 4 IV 2008). 

La riposte ne se fit pas attendre: article brillant, mais très violent d’Alain de Libera dans Télérama, article très critique, mais feutré par les médiévistes Gabriel Martinez-Gros et Daniel Loiseau dans Le Monde, pétition plus que discutable lancée par des collègues de S. Gouguenheim, billet critique sur le blog de Pierre Assouline … .

raphael_ecole_athenesjpg.1238365278.jpegL’école d’Athènes de Raphaël. [source]

Averroès, reconnaissable à son turban, est au premier plan à gauche.

Que penser de l’essai de S. Gouguenheim ?

D’un point de scientifique, l’ouvrage est décidément mauvais, mal structuré, mal recherché, souvent ennuyeux par son côté énumératif, ressassant des théories bien connues et généralement admises – « Le Moyen Age n’est pas une époque sombre » … -, égrenant des théories abracadabrantes: « Notamment, dans une langue sémitique, le sens jaillit de l’intérieur des mots, de leurs assonances et de leurs résonances, alors que dans une langue indo-européenne, il viendra d’abord de l’agencement de la phrase, de sa structure grammaticale. » (AMSM p.136). Des recherches plus sérieuses, des lectures plus poussées, notamment celle du livre fondamental de W. Berschin, Griechisch-Lateinisches Mittelalter, auraient appris à S. G. que même si le Moyen-Age n’a jamais complètement oublié la civilisation grecque, les connaissances de la langue et de la littérature grecques étaient en général superficielles, que l’approche de la langue était souvent plus ludique qu’érudite et que le centre des études grecques en France n’était pas au Mont Saint-Michel, mais plutôt à l’abbaye de Saint-Denis … .

Image du Presse-papiersReconstitution de l’abbaye royale de Saint-Denis au XIIe siècle [source]

Du point de vue des idées, le livre est foncièrement malhonnête et dangereux. En effet, malgré les apparences, il ne porte pas sur le Moyen-Age, mais participe au contraire à un discours d’actualité qui, en minimisant la translatio studiorum arabe et en insistant sur permanence de la civilisation grecque en Occident, distille des idées racistes et islamophobes qui gangrènent la société française moderne. S. G. est devenu ainsi le vulgarisateur d’un discours dangereux tenu entre autres par l’historien Jacques Heers [sur J. H.] ou, avec infiniment plus de nuances et d’intelligence, par le philosophe Rémi Brague [sur R. B.; sur les idées de R. B quant à la translatio studiorum, cf. infra]. Que S. G fût parfaitement conscient de l’inflexion dangereuse de sa pensée apparaît dans l’étrange et perfide annexe 1, « L’amie d’ Himmler et le « soleil d’Allah » pp. 203-206, où pour prévenir le reproche de racisme, il établit un lien entre le racisme nazi et ceux qui insistent sur la dette de l’Occident envers la civilisation arabo-musulmane.  

Image du Presse-papiers

Aristote, Organon, Rhétorique et Poétique, traductions arabes, IXe-Xe siècle. Copié en 1027. Fin de la 2e partie des Topiques, traduits par Abû ‘Uthmân al-Dimashqî (mort v. 920). Manuscrit sur papier, BnF, Manuscrit (Arabe 2346 fol. 264v-265). [source]

Quelles conclusions tirer de nos observations ? Il faut d’abord se méfier de ce livre et, pour tout ce qui touche à la connaissance du grec dans la France médiévale, se rapporter à l’excellente monographie de Pascal Boulhol, La connaissance de la langue grecque dans la France médiévale VIe-XVe s, malheureusement publiée peu de temps après l’essai de S. G. . Dans sa conclusion (p. 131), cet auteur relève que « Durant tout le Moyen Âge français, l’étude du grec fut soit inexistante, soit exceptionnelle, souvent précaire et toujours très circonscrite: on s’y adonnait dans de rares abbayes, comme Corbie, Saint-Arnoul de Metz … et surtout, évidemment, Saint-Denis. »

Il faudrait surtout renoncer à ces mythologies xénophobes, revenir à la science en approfondissant les recherches et en traduisant enfin en français le beau livre de Walter Berschin, Griechisch-Lateinisches Mittelalter. Von Hieronymus zu Nikolaus von Kus. Bern-München 1980, déjà traduit en anglais, italien, polonais et en grec moderne. (sur ce livre, cf. notre cr)

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Averroès, Grand Commentaire sur Aristote, De Anima. Deux versions latines et commentaire en petits caractères. Commentarium magnum Averrois in Aristotelis De Anima libros, traduit par Michel Scot vers 1230. Paris, troisième quart du XIIIe siècle. Manuscrit sur parchemin. BnF, Manuscrits (Latin 16151 fol. 22). [source]

C’est à Sylvain Gouguenheim lui-même que nous laisserons le mot de la fin.

Dans l’annexe I de son essai, p. 204, il écrit avec beaucoup de lucidité qu’ « en matière de science historique, où comptent les faits et les sources, les opinions politiques ont un poids plus important qu’en philosophie: si Heidegger peut être à la fois un grand philosophe et proche des nazis, Sigrid Hunke ne pouvait être bonne historienne. Animée par une violente hostilité envers le judéo-christianisme … elle a vu dans l’Islam son antithèse absolue, alliant énergie martiale et raffinement civilisationnel. Dès lors, son livre devenait un ouvrage politique et non plus scientifique. »

A lire ces lignes, on regrette que S. G. n’ait pas appliqué, mutatis mutandis, ces sains principes à ses propres recherches.

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Le Mont-Saint-Michel [source]

En guise d’épilogue:   

« Il est heureux que, à l’époque où nous vivons – quand certains répandent la haine et le racisme en prétendant, dans des ouvrages pseudo-scientifiques, que les civilisations s’affrontent et sont incompatibles entre elles -, nous puissions apprendre de l’histoire que les civilisations sont essentiellement harmonieuses, interdépendantes et étroitement liées, et que nous appartenons à une commune humanité. La malveillance des auteurs de ce genre de doctrines témoigne d’une ignorance profonde des réalités historiques telles qu’on les connaissait avant l’époque moderne. » Dimitri Gutas, Pensée grecque, culture arabe, p. 13.

Daß ich angesichts von Gouguenheims Aristote au Mont-Saint-Michel trotzdem nicht einfach mit Petrarcas Invectiva contra eum qui maledixit Italie vergnügt höhnen mag,  hier « delektiert ein übermütiger Barbar in griechischen Begriffen, wobei er von deren Autor Aristoteles spricht als sei dieser ein Franzose gewesen » …, liegt allein daran, daß es ob der Beständigkeit der von Gouguenheim mit seinen Unwahrheiten bedienten Ängste wohl eine ganze Weile dauern wird, bis die von ihm in die Welt gesetzten Ungeheuerlichkeiten wieder ausgetrieben sind. Ricklin, Thomas 2010. « Der Fall Gouguenheim ». Historische Zeitschrift 290/1, 135.

 Fecit Joseph Reisdoerfer A. D. 2009

  • Indications bibliographiques
  • Sitographie
  • Addenda:
  • Les positions, changeantes et jésuitiquement nuancées, de R. Brague sur la translatio studiorum:

1. « … les Arabes traduisirent beaucoup de mathématiques et d’astronomie, beaucoup de médecine, d’alchémie auss. Au total, une masse énorme de livres de science ou de philosophie … . Tellement énorme que, bien souvent, la traduction arabe est la seule trace d’oeuvres philosophiques, mathématiques, ou astronomiques, dont nous avons perdu les originaux.

J’ai dit que les Arabes avaient traduit et beaucoup traduit. Cela veut dire d’une part qu’ils ont transmis l’héritage grec à l’Occident, dans tous les domaines… : médecine…, mathématiques, philosophie, à tel point que celui-ci a contracté envers le monde arabe une dette culturelle énorme. Cette dette était encore reconnue (à tous Ies sens du mot « reconnaissance ») par le Moyen Âge de Gerbert d’Aurillac, de Roger Bacon, de Frédéric II de Sicile, non sans parfois un certain sentiment d’infériorité, comme chez Albert le Grand, qui écrit à propos de noétique : « en ce domaine, comme en beaucoup d’autres, j’exècre tout ce que soutiennent les Latins… ». …

Quoi qu’il en soit, rappeler l’importance des traductions arabes ne veut en aucun cas dire que les Arabes se seraient contentés de transmettre passivement des livres dont le contenu leur serait demeuré scellé. Tout au contraire, ils ont également été des créateurs. Ils ont prolongé, parfois très loin, le savoir qu’ils recevaient. » [R. Brague, Europe, la voie romaine ,105-107]

2. « La contribution de la civilisation islamique à celle de l’Europe est réelle, mais moins exclusive que ce que voudraient nous faire croire certains incompétents. La transmission directe à partir de Byzance est peut-être plus importante qu’on ne l’a pensé. Un mince filet de savoir grec, venu d’Irlande ou du monde byzantin, a continué à irriguer l’Europe.

On a traduit Aristote à peu près en même temps de l’arabe, surtout en Espagne, et directement du grec, surtout en Italie.

Il faut distinguer du côté de l’émetteur : l’islam religion est autre chose que l’Islam civilisation. Celle-ci a été rendue possible par l’unification du Moyen-Orient : politique sous le pouvoir des Califes et linguistique au profit de l’arabe. Elle a été construite autant par les chrétiens, juifs ou sabéens du Moyen-Orient, et par les zoroastriens ou manichéens d’Iran, que par les musulmans. Ainsi, les traducteurs qui ont transmis l’héritage grec à Bagdad étaient presque tous chrétiens. » [R. Brague, Pour une hygiène de la polémique]

  • L’éducation nationale française a bien compris le message de Sylvain Gouguenheim …: 

« C‘est Emmanuelle Bonneau sur Rue89 qui alerte : « Si les nouveaux projets de programme sont adoptés, en septembre prochain, les futurs lycéens de seconde ne pourront plus étudier la civilisation musulmane en Histoire-géo, disparue au profit de l’Occident chrétien médiéval. « La Méditerranée au XIIe siècle : carrefour des civilisations » est le troisième chapitre du programme d’Histoire de seconde. Il traite des « espaces de l’Occident chrétien, de l’Empire byzantin et du monde musulman » et des « différents contacts entre ces trois civilisations : guerres, échanges commerciaux, influences culturelles ». … .Si les nouveaux programmes sont adoptés en septembre prochain, le chapitre deviendra : « La civilisation rurale dans l’Occident chrétien médiéval, du IXe au XIIIe siècle. » «  Eric Azan, L’âge d’or de l’Islam menacé dans le cours de seconde.

  • Ernest Renan sur les études grecques aux IXe, Xe, XIe et XIIe siècles. A lire ces lignes rédigées en 1848 par le jeune Ernest Renan, on mesure la régression que constitue le livre de Sylvain Gouguenheim:

« On ne possédait pas les textes grecs, mais on savait des mots et des lambeaux de phrases, on possédait des glossaires où la science était toute préparée pour l’usage qu’on en voulait faire, c’est-à-dire pour servir à l’ornement du latin, et fournir des pièces de marqueterie aux amateurs du beau style. Si l’on excepte Jean Scot Érigène, et les savants originaires du Midi de l’Italie, on trouverait peut-être difficilement durant ces quatre siècles un seul helléniste qui n’eût été puiser sa science en Grèce. Tous ceux qui n’avaient étudié que dans les écoles du continent formaient leur science à savoir quelque glosse, mais sans se rendre capables de lire ou de traduire les originaux. » Renan, Ernest, Perrine Simon-Nahum, et Jean-Christophe de Nadaï. 2009. Histoire de l’étude de la langue grecque dans l’occident de l’Europe depuis la fin du Ve siècle jusqu’à celle du XIVe. Paris: Cerf, 780.

Tandem … ! Les responsables du projet LexicoLux ont remis le Luxemburger Wörterbuch en ligne en ajoutant cette fois une notice sur les mots offensants apparaissant dans le dictionnaire. Il s’agit d’un texte très court de distanciation classique qui répète entre autres les poncifs anglo-saxons sur la question, mais qui a l’avantage de rendre l’ouvrage de nouveau présentable

Il va de soi qu’une distanciation verbale n’a de sens que si elle se traduit en actes et si les anciens dictionnaires maintenant en ligne sont utilisés pour rédiger un nouveau dictionnaire du luxembourgeois moderne.

Les trois grands dictionnaires traditionnels du luxembourgeois, le Lexicon der Luxemburger Umgangssprache, le Wörterbuch der luxemburgischen Mundart et le Luxemburger Wörterbuch, sont désormais numérisés et font partie d’un grand portail lexicologique intitulé Wörterbuch-Netz der Großregion. Sous l’angle informatique, l’ensemble est bien fait et rendra certainement de grands services aux recherches en philologie luxembourgeoise, en dialectologie ou en lexicographie … .

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Le dictionnaire des patois romans de la Moselle, IIe partie de L. Zéliqzon. [source]

Mais il y a un hic: d’après les données du portail, la Großregion apparaît comme strictement germanophone: aucun dictionnaire lorrain, aucun dictionnaire wallon, pas de projet, semble-t-il, dans ce sens. Les responsables scientifiques devraient pourtant savoir que cette Großregion se trouve dans une région d’entre-deux, la Germania à l’est et la Romania à l’ouest, et que le français et l’allemand, les dialectes germaniques et les patois romans se côtoient et s’influencent mutuellement depuis des siècles. En bonne logique, il faudrait ajouter au portail des dictionnaires romans comme le Dictionnaire des patois romans de la Moselle,déjà numérisé, ou l’excellent dictionnaire des parlers wallons du pays de Bastogne de Michel Francard … .

Il s’agit là d’un oubli inacceptable qui dénote pour le moins une méconnaissance profonde de l’histoire et des structures linguistiques de la région.

Lien vers le premier billet sur le sujet: Remarques sur la lexicographie électronique du luxembourgeois 

JR

Notre propos ne portera pas sur la musique harmonieuse de Mozart, hélas, mais sur une cacophonique bronca qui se donne actuellement au département de germanistique de l’Université du Luxembourg.

téléchargé
Bibliothèque de l’Université du Luxembourg [S]

C’est Jean-Paul Hoffmann, professeur d’allemand dans l‘enseignement secondaire et spécialiste reconnu en linguistique luxembourgeoise qui a donné le la.
Le 20 II 2009, il publie un article, polémique, Von deutschen Zauberflöten. Fußnoten zu einer Fachtagung dans le Lëtzebuerger Land (LL) 8, 16-17 sur un colloque organisé à l’Université du Luxembourg par les professeurs Georg Mein et Heinz Sieburg et analysant la place de l’allemand au grand-duché de Luxembourg: Das Deutsche im Kontext der Luxemburger Mehrsprachigkeit. Bestandsaufnahme und Ausblick  (cf. également ici) Hoffmann reproche grosso modo aux organisateurs non seulement d’être incompétents en linguistique luxembourgeoise mais surtout de propager des théories qui se rapprochent dangereusement de la politique linguistique imposée par l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale : Zu bedauern ist an der ganzen Geschichte aber vor allem, dass offenbar alle 30 Jahre wieder dieselbe leidige Melodie ertönt. Um so schwerer wiegt in diesem Zusammenhang allerdings der Umstand, dass diese deutsch-nationalen Töne diesmal nicht, wie noch 1980, aus Deutschland, sondern vielmehr aus dem Herzen Luxemburgs kommen. Hierzulande leistet man sich, … seit geraumer Zeit eine Handvoll weltfremder Sprachdozenten, … um, … vom deutsch besetzten Elfenbeinturm der Universität Luxemburg herab, von keinerlei Sachkenntnis getrübt und im Brustton der Überzeugung die luxemburgische Sprachidentität aufs Schamloseste mit Füssen zu treten.

Georg Mein reprend le thème enchaînant quelque temps après avec un morceau non moins polémique publié dans le même journal (LL 6 III 2009, 10, 18) et intitulé Sirenengesänge. Il reproche d’abord à Jean-Paul Hoffmann une argumentation spécieuse falsifiant le véritable objet de colloque; l’attaque enfin aurait été motivée par une question d’amour propre, Hoffmann ayant été vexé de ne pas avoir été invité par les organisateurs de la manifestation.

 

Nous voudrions analyser dans ce billet certains arguments-clés développés par les deux parties en laissant de côté, dans la mesure du possible, les attaques personnelles, particulièrement désobligeantes et pénibles d’ailleurs dans l’article de Georg Mein.

  1. Georg Mein prétend que le colloque ne portait pas essentiellement sur l’allemand au Grand-Duché de Luxembourg : Was Herr Hoffmann aber nun macht – und dies ist der schmutzige Trick seiner « Argumentation » – lässt sich in etwa so beschreiben : Zunächst wird unterstellt, dass das Kolloquium aus einer spezifischen Sorge um die deutsche Sprache hier in Luxemburg motiviert gewesen sei. Das ist ganz einfach falsch. Une simple lecture du programme du colloque montre toutefois que tout tournait effectivement autour de l’allemand et de sa place au Luxembourg : DEUTSCH ALS EINE SPRACHE LUXEMBURGS : Hintergründe und Fragestellungen ; DEUTSCH ALS SPRACHE IN KULTUR UND LITERATUR : Die Rolle des Deutschen im Luxemburger Kulturbetrieb ; Die deutschsprachige Literatur als Teil der Luxemburgischen Literatur ; DEUTSCH IN EUROPA ; DEUTSCH ALS PRESSE- UND MEDIENSPRACHE : Die Rolle des Deutschen am Medienstandort Luxemburg. …  Il n’y a pas à ergoter ici : Le thème, l’unique et obsédant thème, du colloque était bel et bien l’allemand au Luxembourg.

  2. Georg Mein affirme également que le but du colloque était de faire avancer la science, d’ajouter aux connaissances, et que c’est pour cette raison que les organisateurs n’auraient pas invité Jean-Paul Hoffmann. Une affirmation pour le moins étonnante à deux égards ! Jean-Paul Hoffmann est un spécialiste reconnu des études luxembourgeoises, auteur d’une thèse sur le sujet (Bonn 1984) et coauteur avec un G. Newton d’un manuel sur le luxembourgeois qui fait autorité. Les organisateurs du colloque par contre sont des novices dans le domaine. Georg Mein est professeur de littérature allemande moderne et contemporaine, auteur d’une thèse sur le discours esthétique de l’époque des lumières au romantisme, Heinz Sieburg dialectologue de formation avec une thèse sur le parler de la région de Rhein-Sieg enseigne entre autres la médiévistique à l’UdL. Quant aux personnes invitées, il s’agit pour la plupart de personnalités du monde culturel et économique, comme Nico Helminger, Pierre Gramegna, Edmond Israel, Jean-Claude Knebeler … , des gens parfaitement honorables, mais totalement étrangers au domaine de la philologie et de la sociolinguistique luxembourgeoises. Jean-Paul Hoffmann utilise le terme peu amène de farce pour caractériser ce colloque. C’est probablement exagéré de la même façon que ce serait prétentieux d’accoler l’adjectif scientifique à une manifestation qui n’avait d’universitaire que le cadre.

  3. Dans son article, Jean-Paul Hoffmann établit continuellement un lien entre ce colloque et la politique linguistique mise en place par l’occupant allemand à partir de 1940. C’est certainement l’aspect le plus problématique de son raisonnement. En effet, en se focalisant sans cesse sur la période de l’occupation, une période certes importante et ô combien traumatisante de l’histoire récente du grand-duché, on passe à côté de l’actualité qu’on ne comprend plus dans son originalité et sa complexité. En fait, ils ne sont pas revenus, mais d’autres sont venus : des intellectuels allemands, bien formés, intelligents, professeurs à l’université, conseillers aux ministères … . Lorsqu’ils analysent la situation linguistique, après la courbette obligée et politiquement correcte au multilinguisme luxembourgeois, ils élaborent et propagent, plus ou moins consciemment, des modèles linguistiques qui correspondent aux seuls modèles qu’ils connaissent et qu’ils pratiquent et qui ont l’avantage de consolider en même temps la position linguistique et culturelle de l’Allemagne au Luxembourg: il s’agit en l’occurrence d’un modèle diglossique classique avec l’allemand comme variante linguistique haute et le luxembourgeois comme variante linguistique basse, une configuration excluant évidemment le français. Ce modèle, admis avec quelques restrictions par des germanistes éminents, est non seulement problématique à bien des égards, mais surtout contraire à l’histoire linguistique et culturelle de notre pays, contraire à la sensibilité francophile de beaucoup de nos concitoyens, contraire à nos intérêts politiques et économiques et infiniment dangereux pour la cohésion sociale d’un pays où vivent plus de 40 % d’étrangers dont la plupart sont romano- ou francophones.

Il est difficile pour le moment de dire davantage sur cette manifestation au sujet de laquelle nous ne disposons que de quelques comptes rendus publiés dans la presse locale et d’une série d’articles polémiques. Afin qu’on puisse juger sur pièce et que la manifestation retrouve un semblant de scientificité, les responsables devraient s’appliquer à publier les actes du colloque. Nous pourrons alors apprécier dans son intégralité le discours remarqué de l’ambassadeur de la République Fédérale sur les messes à dire en allemand ou comprendre enfin pourquoi les luxembourgophones sont des ploucs parlant une langue dont la vitalité retrouvée serait un dynamischer Aufbruch in die Provinzialität (FAZ 5 XII 2008, 285, S.10).

Joseph Reisdoerfer

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La place du français dans la société luxembourgeoise est désormais contestée.

Sur le site de RTL, des internautes ont lancé une discussion intitulée Le Luxembourg n’est pas un pays francophone. Dans une interview récente accordée au Luxemburger Wort, Peter Gilles, professeur de linguistique luxembourgeoise à l’Université du Luxembourg, juge problématique le fait que l’Etat communique uniquement en français avec ses administrés.

Ces positions, parfois très critiques à l’égard du français, ont des causes multiples:

  1. la domination du français à Luxembourg-ville, une résultante du phénomène migratoire des frontaliers, notamment ceux de France et de Belgique, qui travaillent dans la capitale;
  2. des problèmes au niveau de la transmission du français vécue par beaucoup d’élèves comme moyen de sélection et facteur d’échecs ;
  3. les attaques maladroites lancées récemment par le président Sarkozy et d’autres membres de gouvernement français contre le grand-duché de Luxembourg considéré comme un paradis fiscal qui ont fini par ébranler la francophilie traditionnelle de beaucoup de Luxembourgeois.

Certains reproches faits à la langue française ne nous paraissent pas fondés et nous tenterons dans ce billet d’objectiver le débat en esquissant une petite histoire du français au grand-duché de Luxembourg.

  1. Les liens entre le Luxembourg et le monde romano- francophone sont anciens et s’étendent sur une longue durée: dès le XIIe siècle, les comtes de Luxembourg entrent en contact avec le monde roman, jusqu’en 1839 le Luxembourg comportera à côté d’un quartier allemand un quartier wallon, romanophone,- grosso modo l’actuelle province de Luxembourg en Belgique – et jusqu’au début du XXe siècle des parlers romans continueront à être parlés sur le territoire de l’actuel grand-duché, le wallon à Doncols-Sonlez, le lorrain à Rodange ;

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    La carte des partitions fait bien apparaître l’importance du quartier wallon

  2. L’Etat luxembourgeois est francographe depuis le XVe siècle; la loi du 24 février 1984 sur le régime des langues dont l’article 2 stipule que le français est la langue des lois découle de cette tradition séculaire; les pratiques langagières de l’Etat expliquent la forte présence du français dans le monde économique, notamment dans le secteur des services, et l’introduction du français dans l’enseignement primaire – dès 1843 – et secondaire. Le français et le luxembourgeois sont ainsi les deux langues de la citoyenneté qui permettent aux habitants du grand-duché de participer à la vie politique du pays.

  3. Depuis la fin des années soixante, le français est devenu une lingua franca, une langue de communication entre les Luxembourgeois et les étrangers.

Vu l’ancienneté des liens entre le monde roman et le Luxembourg, vu l’importance politico-sociale du français, il nous paraît peu probable que le Luxembourg renonce au français.

Un dernier argument, à première vue paradoxal, convaincra les plus sceptiques. Le français est en fait le meilleur allié du luxembourgeois. Si les Luxembourgeois par malheur renonçaient au français, ils se retrouveraient dans une situation diglossique caractérisée en l’occurrence par l’existence d’une seule langue se manifestant sous deux formes : une variété linguistique basse, le luxembourgeois, et une variété linguistique haute, l’allemand.

Les Luxembourgeois n’ont pas tant oeuvré pour la promotion de leur langue pour en revenir in fine à une redialectalisation du Lëtzebuergesch.

Quelques liens relatifs à la sociologie des langues au grand-duché de Luxembourg

Bibliographie

  • Atten, Alain. 1980. Le wallon frontalier de Doncols-Sonlez / Grenzwallonisch aus Doncols-Soller. Vol. XV, Beiträge zur luxemburgischen Sprach- und Volkskunde. Luxembourg: Institut grand-ducal section de linguistique, de folklore et de toponymie.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1988. Les patois romans du Grand-Duché de Luxembourg: État des recherches et perspectives. De Familjefuerscher 5 (15 V 1988): 41-44.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1992. Romania submersa. Kurze Darstellung des patois lorrain von Rodange. Die Warte / Perspectives, Kulturelle Wochenbeilage des Luxemburger Wortes, 22 X 1992.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1992. «D’Halett läit am tirang!» Recherches sur l’influence lexicale du lorrain et du wallon sur le luxembourgeois. Études Romanes V:7-74.
  • Reisdoerfer, Joseph. 1993. Romania submersa. Etude de la toponymie lorraine de Rodange. In Lorraine vivante : hommage à Jean Lanher, édité par R. Marchal and B. Guidot. Nancy: Presses universitaires de Nancy.
  • Fehlen, Fernand, Legrand, Michel, Piroth, Isabelle, Schmit, Carole. 1998. Le Sondage « Baleine » Une étude sociologique sur les trajectoires migratoires, les langues et la vie associative au Luxembourg, Recherche Etude Documentation. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Fehlen, Fernand. 2009. BaleineBis: Une enquête sur un marché linguistique en profonde mutation / Luxemburgs Sprachemarkt im Wandel, Recherches Etude et Documentation N° 12. Luxembourg: SESOPI Centre Intercommunautaire.
  • Magère, Philippe, Esmein, Bernard, Poty, Max. s. a. La situation de la langue française parmi les autres langues en usage au Grand-Duché de Luxembourg: Centre culturel français de Luxembourg /Centre d’études et de recherches européennes Robert Schuman / Université de Metz, U.F.R. Lettres et Sciences Humaines-Département Communication.

Joseph Reisdoerfer reisdoe@gmail.com

 

La lexicographie électronique du luxembourgeois a fait d’indéniables progrès ces dernières années.

François Schanen et Jérôme Lulling ont créé une version électronique de leur dictionnaire fr.-luxbg, luxbg.-fr. Luxdico.

Sous l’impulsion du Conseil permanent de la langue luxembourgeoise, le Lëtzebuerger Online Dictionnaire est en train d’être mis en ligne (lettres A-G). C’est d’abord un dictionnaire multilingue qui traduit les lemmes luxembourgeois en allemand, français, anglais et portugais et indique le cas échéant les synonymes.

Il s’est enrichi au cours du temps d’une rubrique, actuellement encore trop confuse, intitulée exemples, qui met les mots en contexte, illustrant ainsi les sens et les emplois et donnant quelques informations sur les collocations et les locutions figées.
Récemment ont été ajoutés quelques modules internes : un module audio, bien fait, qui renseigne sur la prononciation et un module grammatical qui documente la conjugaison des verbes et la morphologie des adjectifs .
Dans l’ensemble, il s’agit d’un travail intéressant qu’il faut compléter et surtout accompagner d’une réflexion théorique sur le projet lexicographique en cours et le lexique luxembourgeois en général.

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L’ancien et le moderne côte à côte [Source: Portal]

Pour ce qui est des compléments, il faudrait entre autres ajouter des modules externes, c’est-à-dire des liens vers d’autres dictionnaires électroniques.
Ainsi, en ce qui concerne l’étymologie, des renvois vers le TLFi et le Grimm nous paraissent indispensables.
Pour ce qui est des liens entre la langue luxembourgeoise et les dialectes germaniques limitrophes, il serait intéressant de disposer de liens vers le Rheinisches Wörterbuch, l’excellent Pfälzisches Wörterbuch et le Wörterbuch der deutsch-lothringischen Mundarten, ouvrages tous mis en ligne par le Kompetenzzentrum für elektronische Erschließungs- und Publikationsverfahren in den Geisteswissenschaften de l’Université de Trèves.
Enfin pour illustrer l’histoire de la langue, on devrait pouvoir consulter deux anciens dictionnaires du luxembourgeois, le Lexicon der Luxemburger Umgangssprache (1847) et le Wörterbuch der luxemburgischen Mundart (1906) mis en ligne par le Laboratoire de linguistique et de littératures luxembourgeoises de l’Université du Luxembourg en collaboration avec le 
Kompetenzzentrum für elektronische Erschließungs- und Publikationsverfahren in den Geisteswissenschaften de l’Université de Trèves.


C’est également ce laboratoire qui vient de mettre en ligne le grand dictionnaire scientifique du Luxembourgeois, le Luxemburger Wörterbuch (1950-1977; réimpression 1995).
Cette mise en ligne est pour le moins étonnante vu que l’ouvrage a été retiré de la vente en 1996 suite à une violente polémique au sujet de l’article Jud(d) (juif), foncièrement antisémite (sur cette polémique, cf. le dossier publié par le mensuel forum). Bien que ce dictionnaire garde toute son utilité scientifique et même pratique et qu’une mise à disposition soit utile, les responsables du projet, qui sont des universitaires, auraient dû toutefois avoir l’intelligence et la sensibilité d’accompagner la réédition électronique d’une solide documentation situant l’ouvrage dans son histoire: en l’espèce, une mise en perspective s’imposait.
Quoi qu’il en soit, cette reproduction inconsidérée est la résultante d’une politique de recherches par trop axée sur la compilation et la simple reproduction d’anciennes recherches aux dépens de recherches originales.

Il est regrettable que la lexicographie traditionnelle du luxembourgeois ne puisse pas présenter des réalisations comparables à celles de la lexicographie électronique: un grand dictionnaire scientifique de la langue luxembourgeoise remplaçant le Luxemburger Wörterbuch n’est toujours pas en vue (sur un tel projet, cf. Reisdoerfer 2003).

 

Quelques sites sur la lexicographie du luxembourgeois:

Version papier du billet à paraître dans le Lëtzebuerger Land.

Article publié dans le Lëtzebuerger Land.

De nouveaux développements: La lexicographie électronique du luxembourgeois … suite

 

JR

reisdoe@gmail.com